Les principes de la guerre de l’information

Les principes de la guerre de l’information

La maîtrise de l’information est un enjeu capital des conflits du 21ème siècle.Vous trouverez ci-après les thèmes suivants :
– Les principes de la guerre de l’information;
– La guerre psychologique;
– Les aspects opératifs et tactiques de la guerre de l’information;
– La guerre industrielle;
– Définitions.En cette fin de siècle, il est indéniable que les nations les plus évoluées sont entrées ou s’apprêtent à entrer dans l’âge de l’information.

Le développement accéléré des technologies de pointe, des réseaux de transmissions de données, la place de plus en plus grande des médias dans la vie des sociétés sont des phénomènes qu’il n’est plus possible d’ignorer car ils contribuent à modifier fondamentalement la stratégie, la politique, l’économie, le comportement des hommes et finalement l’art de guerre.

Les changements intervenus en Europe au cours de la dernière décennie, et les enseignements tirés des conflits les plus récents, quels qu’aient pu être leur niveau d’intensité ou leur spécificité, que les troupes aient été directement engagées dans les combats ou le maintien de la paix montrent une évolution marquée des caractéristiques de la guerre et de son environnement.

A une menace unique, identifiée et structurée ont succédé des risques multiples aux contours flous et sans probabilité d’occurrence ni localisation précises. Les combats de masse sur de vastes théâtre d’opérations bien connus des protagonistes, nécessitant l’engagement des forces nombreuses, avec des taux de pertes élevées, et des délais de réaction importants ont fait place à des probabilités d’actions très diverses, parfois à grande distance, sur un terrain inhabituel, contre un adversaire imprévisible, tandis que les nouvelles technologies réduisent les temps de réponse quasiment à zéro et que la préservation de la vie humaine devient une préoccupation importante dans tout conflit, notamment pour les pays les plus avancés.

Dans le même temps, la mondialisation de l’information et la quasi instantanéité de sa diffusion donnent un pouvoir considérable aux médias mais aussi aux techniques de communication. L’information n’est plus une seule nécessité, elle devient un élément majeur de l’art de la guerre : arme redoutable pour celui qui la maîtrise, elle permettra de gagner un conflit qu’il soit militaire ou économique avant ou pendant les hostilités, parfois sans tirer un coup de feu. Dans son développement extrême, elle pourrait faire de l’affrontement armé sur un champ de bataille l’ultima ratio de la guerre à l’âge de l’information, celle qui nous attend au XXIème siècle.

Mais cette perspective ne doit pas occulter un certain nombre de réalités. La guerre de l’information, utilisant toute la gamme des techniques, depuis les plus élémentaires jusqu’aux plus élaborées, ne concernera qu’un petit nombre de nations évoluées, celle de la 3ème vague ; les autres, celles de la 2ème et de la l ère ne disposant que de technologies inférieures. Le décalage entre les niveaux de civilisation nécessitera une adaptation des stratégies et des moyens à l’adversaire du moment. Enfin, la réalisation de systèmes de plus en plus complexes et touchant de plus en plus d’activités humaines introduira de nouvelles vulnérabilités.

Aujourd’hui, il s’agit de sortir des sentiers battus et des schémas classiques : la guerre de l’information nous impose une véritable révolution culturelle. en nous obligeant à porter notre réflexion dans des domaines dont nous sommes restés trop éloignés jusqu’à présent.

Principes de la guerre de l’information

Dernier avatar de la modernisation des rapports entre les États, les blocs, les régions et les entreprises, la guerre de l’information consacre l’avènement de cette nouvelle matière première de l’activité humaine qu’est devenue l’information. Celle-ci est d’autant mieux devenue un enjeu que le mariage des télécommunications, de l’informatique et du multimédia a provoqué l’explosion quantitative de la sphère informationnelle : on peut ainsi avoir au bout des doigts près de 90 17o des informations existantes considérées comme ouvertes. Dès lors grande est la tentation de s’emparer des supports et vecteurs d’information mondiaux afin d’en contrôler les contenus : ce serait la société parfaite d’Huxley et Orxwell, aux mains d’une minorité régnant pour l’éternité.

Cela étant, l’homme a toujours lutté pour savoir et empêcher l’autre de savoir. L’élément nouveau réside dans la dimension mondiale et instantanée du phénomène, dans l’importance des facteurs technologiques et financiers en jeu, enfin dans la situation géo-économique nouvelle des États-Unis, en passe d’asseoir durablement leur imperium sur l’information, donc à terme, sur tous les aspects culturels, économiques et politiques des nations.

Il existe un exemple historique de guerre de l’information : il s’agit du plan Jaël de politique générale d’intoxication mis au point par les Britanniques pour assurer le succès du débarquement en Normandie en 1944. Des enseignements durables ont pu en être tirés.

De leur côté, les Américains font émerger leur propre concept. Son étude souligne l’ampleur des changements entamés et à venir, du fait de l’entrée du monde dans le nouvel âge de l’information : la reconfiguration des contraintes géopolitiques et économiques modifie les conditions d’engagement des forces militaires et impose une redéfinition de la pensée stratégique les besoins en ressources humaines évoluent vers d’autres profils et d’autres formations les marchés de l’information et de la communication explosent : dans cette perspective, la stratégie américaine consiste à présenter la guerre de l’information comme un concept défensif aux conséquences purement instrumentales alors qu’il s’agit d’un véritable système d’armes couvrant toute la palette de l’activité humaine donc à portée stratégique.

Pour leur part, Britanniques et Japonais élaborent également une doctrine particulière. Les premiers n’ont pas achever leur réflexion mais ont une approche beaucoup plus large que l’approche officielle américaine puisque, pour eux, la guerre de l’information peut se substituer à la guerre militaire. Il s’agit donc là du sujet le plus sensible et le plus protégé en Grande-Bretagne

Les Japonais invoquent les limitations consécutives à la seconde guerre mondiale qui leurs sont imposées, pour rester dans les généralités lorsqu’on aborde le sujet. Ils semblent considérer que le secteur civil – et en particulier l’industrie est le mieux placé pour développer un concept ; toutefois, il n’y aurait pas, au Japon, de coordination, chacun œuvrant de son côté, mais l’observation’ du dispositif japonais ne confirme pas cette version.

En ce qui concerne la France, il faut tirer parti des enseignements étrangers et élaborer un concept propre. En effet, le manque de culture d’information / renseignement est frappant dans notre pays : c’est un problème collectif et les élites ont un gros effort à fournir dans ce domaine. Toutefois, l’absence d’idées préconçues qui découle de cette situation peut nous permettre de créer quelque chose de nouveau. En particulier, refusant la typologie américaine trop analytique, il est possible d’y voir plus clair en adoptant une grille adaptée à l’action. En effet, la guerre de l’information s’exerce de trois manières : la guerre pour l’information (c’est la lutte pour le renseignement), la guerre contre l’information (c’est la protection de sa propre information et l’interdiction faite à l’ennemi d’accéder à toute information), la guerre par l’information West l’intoxication) ; ce troisième aspect devient prédominant : Il peut permettre de perturber le cycle de décision adverse.

Pour nous, la guerre de l’information est un défi nouveau qui nous contraint à lutter contre l’hégémonie américaine et peut nous aider à maintenir notre position de grande puissance grâce à ce formidable levier du nouvel âge.

Nous avons toute la richesse intellectuelle nécessaire, il faut maintenant s’organiser.

La guerre psychologique

La guerre psychologique est une des formes les plus anciennes de la guerre de l’information si ce n’est la plus sophistiquée. Faisant d’abord appel à l’intelligence humaine, elle recouvre des actions qui visent à contribuer au succès des opérations militaires conduites pour dominer l’adversaire, à préserver les armées de toute atteinte au moral des troupes et au soutien de la nation ainsi qu’à obtenir l’adhésion de l’opinion nationale et internationale.

Mal connue, peu pratiquée et mal aimée en France elle est restée à l’écart des préoccupations des militaires. Le plus souvent ils ont dû s’y engager sous la pression des événements ou de l’adversaire.

Composante essentielle de la guerre révolutionnaire, et singulièrement de celle menée par le Viët-Minh en Indochine, elle a contraint le Commandement Français à réagir pour se protéger de ses attaques. Ce n’est qu’en Algérie qu’il a su devancer les événements et mettre sur pied une organisation opérationnelle particulièrement efficace. La stratégie mise en œuvre et les résultats obtenus ont valeur d’exemple. Mais instrument incontestable de puissance, l’action psychologique a montré ses excès et son organisation a été dissoute. Depuis, elle a connu le discrédit le plus total et reste encore un sujet tabou.

Cependant les crises et les conflits récents donnent une nouvelle dimension à la guerre psychologique. En effet, que ce soit dans le Golfe, au Rwanda ou en Bosnie elle a été un des instruments des stratégies politiques et militaires. Partout, les médias omniprésents y ont joué un rôle prééminent, mais parfois contestable. ,

Ces conflits qui ont vu l’engagement de nations des trois vagues préfigurent et notamment celui du Golfe, ce que pourrait être un affrontement au XXIème siècle. Ils ont montré que la guerre psychologique non seulement ne peut être exclue d’un conflit moderne, mais aussi qu’elle pourrait être un facteur de succès, grâce en particulier à la maîtrise des médias.

Ses objectifs resteront toujours valables. S’inscrivant dans une stratégie politico-militaire couvrant tous les aspects et tous les niveaux du conflit, agissant par la désinformation, l’intoxication, la déception, l’interdiction et la propagande elle utilisera tous les moyens, des plus classiques aux plus sophistiqués, voire aux plus insolites. Elle s’appliquera à un adversaire multiforme, au cours d’engagements de nature très diverse (combat classique, lutte contre le terrorisme et la subversion maintien de la paix), mais aussi à l’opinion à l’arrière qu’il s’agira de conforter voire de manipuler. Enfin elle se déroulera sur un champ de bataille interarmées et le plus souvent multinational, où les armes classiques côtoieront les plus innovantes.

Dans cette perspective, l’arme psychologique sera un des instruments majeurs de la bataille de l’information et notamment de celle des médias, moyens incontournables et indispensables pour diffuser les messages destinés aux amis comme aux ennemis.

En raison de son caractère particulier, elle pourra trouver son plein emploi dans des actions plus spécifiques comme les opérations spéciales qui y trouveront un champ d’action privilégié en raison de la menace permanente d’opérations psychologiques en paix comme en guerre. Enfin elle restera en outre un moyen efficace de conditionnement des foules.

Mais elle devra être préparée et s’appuyer sur une organisation toujours opérationnelle et structurée, car l’improvisation ne sera plus de mise, conduite par des personnels et des organismes spécialisés, formés à ce type d’action et particulièrement motivés elle conservera tous les aspects de la défense.

Il n’y a pas chez les militaires un attrait particulier pour la guerre psychologique. Il devient indispensable et urgent de s’en préoccuper. Nombreux sont ceux qui citent ou font l’exégèse de Clausewitz mais peut-être n’ont-ils pas lu cette phrase : Les armes psychologiques sont supérieures à l’armement militaire . ce qui veut dire que la guerre doit être totale, c’est-à-dire que la propagande, l’action sur les populations, la contagion idéologique, y jouent leur rôle.(R. MUCCHIELI: La subversion CLC 1976.)

Aspects opératifs et tactiques de la guerre de l’information

Il est impossible d’aborder le problème des moyens d’acquisition, de traitement et de diffusion de l’information opérative ou tactique sans prendre comme référence les ambitions américaines en la matière. La présence des Américains à travers le monde fait de leurs systèmes des points de passage incontournables, sauf exceptions, française notamment.

Cette approche doit toutefois être considérée d’un œil critique.

Les systèmes de communication civils sont désormais banalisés à un niveau de performance encore réservé il y a peu aux seules forces gouvernementales, services de renseignement et forces armées. Il en résulte un effet de masse conduisant, en principe, à des coûts d’accès et le cas échéant d’acquisition nettement inférieurs à ceux des systèmes militaires spécifiques traditionnels.. Cette banalisation conduit également à la notion d’accès à un service, concept très différent de celui de système – matériel et services – appartenant à un propriétaire exclusif, le système de défense d’un pays ou d’une alliance, par exemple. Il convient de noter que les capacités réduites des forces armées de l’après guerre froide ne permettent plus à ces dernières de disposer des capacités autonomes correspondantes. Les coûts correspondants seraient prohibitifs.

C’est la reconnaissance de cet état de fait qui a conduit les militaires américains à fonder leur projet sur la mise à profit de capacités réalisées par ailleurs, dont, en définitive, la libre disposition, notamment en cas de crise, leur échappe en grande partie.

Dès lors, et même s’il est prévu de conserver quelques capacités purement militaires autonomes, la réalisation de systèmes d’information de défense et d’intervention globaux sur lesquels reposerait l’essentiel des activités opérationnelles, qui dépendraient en quasi totalité des systèmes civils, crée de fait une vulnérabilité qu’il convient d’apprécier à sa valeur en cas de crise, voire de conflit ouvert.

Le postulat américain, justifié par la réduction des ressources humaines et financières, s’il présente l’avantage de conduire à des études profitables sur la cohérence des grands systèmes de systèmes, n’en demeure pas moins à suivre avec de sérieuses précautions.

La recette réside probablement dans le maintien de capacités locales autonomes suffisamment durcies pour résister dans les meilleures conditions à l’environnement d’un combat réel.

D’autre part, par sa dimension difficilement maîtrisable, le volume d’information traitée et diffusée par les grands systèmes pose des problèmes spécifiques encore mal connus. Dans ce domaine également, des études sont nécessaires pour apprécier les limites des mesures de bon sens telles que le fractionnement par zones et domaines de responsabilité, la mise en œuvre de droits d’accès, la sécurisation, la mise au point de stratégies de reconfiguration.

Dans certains domaines spécifiques, tels que les techniques de communication, en revanche, le recours à des technologies civiles mises à l’épreuve quotidiennement, et donc bien connues, ne peut qu’être bénéfique. A quand le téléphone mobile de l’avant ?

Enfin, même dans des domaines jusqu’à présent strictement réservés aux militaires, le recours aux techniques civiles peut s’avérer profitable. Nous en citerons deux exemples frappants : la localisation géographique du type GPS et l’observation optique par satellite.

La localisation géographique est une nécessité sur les territoires mal, incomplètement ou faussement cartographiés. Elle est désormais un fait acquis, avec une précision militaire accessible au moindre coût. Il est désormais possible d’étudier sa généralisation au sein des composantes militaires.

L’observation par satellite devient également, au moins dans une certaine me ) sure, un service banalisé. L’apparition de sociétés comme Earth Watch ou Space Imaging promet une rapide mise à disposition d’images de bonne résolution. Sans réduire l’importance des missions spécifiques des satellites purement militaires, l’existence de ces nouvelles capacités doit être prise en compte. Les incidences sur la connaissance du terrain et de l’environnement sont importantes, et le recours à ces moyens banalisés devrait permettre de soulager les satellites spécialisés de missions non prioritaires.

Enfin, l’effort annoncé par les Américains en matière de systèmes d’information doit être rapproché de la présence dominante des anglo-saxons dans les structures de commandement des organisations alliées. Cet état de fait leur donne une certaine maîtrise de l’information qui peut s’avérer préjudiciable aux intérêts de leurs alliés. Un effort doit être fourni pour assurer progressivement une présence nationale plus importante dans ce domaine. La présence des hommes au sein de ces entités relève d’un choix politique, mais celle des techniques relève de la recherche et de l’industrie. Il faut créer les conditions de décisions plus favorables à nos intérêts.

En conclusion, le champ de bataille qui nous est promis par les progrès techniques devrait être plus transparent, à la fois du point de vue de l’observation, de la localisation et des communications. Mais l’exploitation optimale de ces capacités suppose une préparation soigneuse des hommes. La transparence du champ de bataille ne doit pas faire oublier que seul le combattant est en mesure, in situ, d’apprécier une situation. Les éléments que la technique lui fournit sont certes un atout précieux, mais ce tableau est nécessairement incomplet, et il lui appartient de la compléter et de décider de l’action réelle. Le combat sur le terrain n’a rien de virtuel, et il y a un danger certain à considérer le champ de bataille, surtout à distance, à travers une lorgnette électronique dont le champ demeure limité. C’est par une préparation et un entraînement adaptés que le combattant pourra en tirer un réel profit. De ce point de vue, le modèle américain, fondé sur l’axiome du no kill atteint ses limites. L’observer trop étroitement serait dangereux et d’ailleurs, c’est le maillon faible du système face à des adversaires acceptant des pertes (Somalie).

La guerre industrielle

La guerre industrielle de l’information est celle que doivent mener les acteurs économiques, c’est-à-dire les hommes d’entreprise et tous les membres des institutions et administrations concernées, pour maîtriser la sphère informationnelle. La nouvelle donne concurrentielle définit leur cadre d’action. Celui-ci devient très conflictuel : les États, tous moyens confondus, interviennent pour s’attribuer les marchés mondiaux. Cela met en cause la validité du principe libéral de libre concurrence. Les flux financiers mondiaux sont gravement déséquilibrés par l’argent sale. Enfin, amplifiée par les médias mondiaux, une nouvelle forme d’agression menace les entreprises dans leur image. (Les images d’Earth Watch : http//www.carthwatch.com, Site Orbimage (Space Image) : http//www.orbimage.com)

Ainsi, la guerre de l’information est-elle devenue inévitable : elle s’exerce selon les trois fonctions d’appropriation (renseignement), d’interdiction (limitations de l’accès à l’information) et de manipulation (intoxication). De très nombreux cas illustrent cette réalité : l’affaire Perrier, le TGV-Corée, le champ clos qu’est devenu Internet, etc. témoignent de l’impact, direct ou non, de la guerre de l’information sur les entreprises et les forces d’intervention.

Il faut trouver des réponses à ces situations nouvelles. L’intelligence économique en est une. Son concept est beaucoup plus puissant qu’on ne l’imagine puisque, proposant une réorganisation des structures autour de la fonction information / renseignement, elle doit entraîner des changements considérables aussi bien dans le système de prise de décision que dans la gestion des ressources humaines.

Des entreprises spécialisées et des outils spécifiques Peuvent aider à la mutation. Mais, il ne faut jamais oublier que l’homme, source et utilisateur de l’information, est au centre de la problématique : c’est un gage d’efficacité.

La réponse à la guerre de l’information réside donc dans un redéploiement des concepts, des structures, des méthodes et des hommes aussi bien pour mieux capter l’information, que mieux la protéger ; dans ce domaine, il apparaît que la sécurité informatique ne peut être garantie comme le démontrent les cas Promis (pièce logiciel) et le cas Microsoft (dont les produits peuvent contenir des fonctions cachées de rapatriement d’informations). Par ailleurs, la plupart des grandes sources publiques d’information sont anglo-saxonnes. Il faut aussi souligner l’importance des réponses juridiques et normatives aux défis de l’information. De plus, il convient de souligner que les progrès technologiques entraînent inévitablement de nouvelles vulnérabilités. Et c’est particulièrement vrai dans le domaine de l’information.

De même, la nouvelle gestion des ressources humaines doit faire l’objet d’une attention particulière ; le recrutement, la formation, la gestion doivent s’opérer sur des critères prenant en compte l’aptitude à partager et / ou à protéger l’information. Dans ce domaine tout est à créer.

La capacité de mener des opérations de contre information doit également être mise en place. Les exemples de Perrier, d’Airbus, de l’Aérospatiale sont éclairants. Les entreprises ne peuvent plus faire d’impasse sur ce sujet.

En conclusion, il apparaît que, en l’absence globale de prise de conscience et de réponse françaises devant le défi de la guerre de l’information, la DGA voit s’offrir une opportunité exceptionnelle pour jouer un rôle pilote. Sa réorganisation en cours crée des conditions favorables. La réponse lui appartient.

Évolution, adaptation, révolution pourraient être les maîtres mots qui caractérisent la guerre de l’information.

Évolution, car cette guerre est née avec l’homme qui a toujours recherché la connaissance de l’autre et cherché à le tromper quand c’était nécessaire, en utilisant son intelligence et les moyens que son génie avait élaboré, des plus rudimentaires au plus sophistiqués.

Stratagème à ses débuts, elle pourrait devenir guerre totale demain. Se déroulant dans un monde où le temps et l’espace n’auront plus de limites, et dans tous les domaines de l’activité humaine, sans distinction entre paix et guerre, elle imposera la définition d’une stratégie globale politico-militaire, offensive et défensive.

Adaptation, à l’évidence, car c’est une constante de l’art de la guerre : adaptation à l’environnement, à l’adversaire, aux nouvelles technologies. L’adaptation c’est le mouvement indispensable dans un univers où l’information sera instantanée et le temps de réaction quasi nul. La guerre de l’information devra être dynamique, sans improvisation, mais avec une forte capacité d’anticipation. C’est pourquoi il faudra mettre sur pied une organisation solide et permanente, capable de réagir en temps opportun.

Révolution enfin, pour nous Français, qui politiques ou militaires, n’avons pas la culture de l’information et encore moins la volonté de l’utiliser comme arme de guerre et donc de l’intégrer à notre stratégie de défense.

Aucune réflexion conceptuelle n’est menée dans ce domaine et les états-majors ne s’y sont pas risqués malgré les recommandations faites après la guerre du Golfe et la crise Yougoslave.

Nos alliés et nos adversaires d’hier s’y sont engagés bien avant nous et ont donné à l’arme psychologique toute l’importance qui lui revient. Les États-Unis sont en train d’élaborer un nouveau concept destiné à assurer leur suprématie dans la guerre de l’information. Sans insister sur les risques encourus par une absence complète de doctrine, il serait regrettable que nous ne puissions pas définir notre propre concept et conserver ainsi notre indépendance comme nous l’avons déjà fait dans d’autres domaines.

Il est temps de sortir des sentiers battus et de renverser les tabous : ayant occulté les références historiques, nous pourrions faire œuvre originale en la matière.

Au moment où s’engage une réforme en profondeur de notre Défense, l’occasion est à saisir pour relever les nouveaux défis qui nous guettent au XXIème siècle.

Définition d’origine militaire © :

La guerre de l’information recouvre l’ensemble des champs conflictuels où l’information est utilisée comme une arme offensive pour affaiblir, déstabiliser ou détruire un adversaire. Les techniques offensives de la guerre de l’information peuvent prendre la forme de la désinformation, de la manipulation, de la rumeur, de la propagande… Il s’agit donc de méthodes subversives pouvant être efficacement déployées sur l’ensemble des canaux de communication à disposition (interne, externe, Internet, Intranet, prolifération orale …)

Le concept de guerre de l’information (GI) est un concept très vaste qui englobe indistinctement toutes les actions humaines, techniques, technologiques ( opérations d’information) permettant de détruire, de modifier, de corrompre, de dénaturer ou de pirater (mais la liste des actions n’est pas exhaustive) l’information, les flux d’informations ou les données d’un tiers (pays, états, entité administrative, économique ou militaire…) en vue de brouiller, d’altérer sa capacité de perception, de réception , de traitement, d’analyse et de stockage de la connaissance.

Les opérations de GI ciblent aussi bien les moyens technologiques de commandement et de communication que les individus. La GI contre des individus ou des groupes d’individus prend sous sa dénomination de GI ce que l’on désignait il y a quelques années par guerre subversive ou psychologique (propagande, manipulation, désinformation, déception).

Le concept est certes ancien, il retrouve cependant une deuxième jeunesse amplifiée par les Nouvelles Technologies d’Information et de Communication (NTIC).

L’enjeu est l’information, le savoir et la connaissance afin d’obtenir le pouvoir.

La manipulation ou simplement l’utilisation de l’information à des fins malveillantes contre des acteurs économiques, contre un État, contre des entreprises, des régions, ou des individus est aujourd’hui facilitée, notamment du fait de l’émergence des NTIC.

D’un point de vue géopolitique, les nouveaux rapports de forces, qui se dessinent sur l’échiquier mondial de l’après guerre froide, ont fait apparaître de nouvelles techniques de combat. La maîtrise, le contrôle, la diffusion de la connaissance et de l’information ainsi que la protection des capacités de maîtrise, de contrôle et de diffusion de l’information sont ainsi utilisés non plus seulement comme un vecteur de connaissance et d’anticipation, mais comme une arme offensive qui fait de l’information, des systèmes d’information et des capacités informationnelles l’enjeu politico-militaro-économique du XXIème siècle .

La principale matière première de l’économie, de la politique et du militaire sera bien l’information qui pourra alors être traitée, analysée, diffusée et exploitée aux dépens des uns ou des autres en vue d’obtenir une longueur d’avance majeure qui verra naître l’ère de la course à l’information-domination (info-dominance).

Définition d’origine civile (C.Harbulot ©) :

Les opérations de guerre de l’Information se répartissent dans le domaine économique en 3 catégories :

la Tromperie : (Désinformation, Manipulation, discrédit)

 

la Contre-information : (Identification des points faibles de l’adversaire, Exploitation de ses contradictions,
Frapper ses talons d’Achille, Utilisation de l’information vérifiable)

 

la Résonance : (Faire de l’agit-prop, Optimiser les caisses de résonances, Créer des réseaux d’influence, animer des forums de discussion…)

Définition de la Guerre

Selon Clausewitz : (…) la guerre est définie comme un moyen qu’emploie une conscience politique pour imposer sa volonté à une autre conscience politique(…) la guerre est une relation d’hostilité entre les êtres humains, elle est un conflit d’intérêts humains qui a la particularité de se régler par le sang.

Voilà une des nombreuses définitions du mot guerre. Celle-ci est importante car elle fait apparaître deux concepts fondamentaux : la conscience politique et la relation d’hostilité.

– La conscience politique désigne une volonté politique à laquelle la guerre est subordonnée.

 

– La relation d’hostilité, affirmée ou dissimulée, fait apparaître la place primordiale prise par l’entité humaine dans tout conflit. Il ne peut y avoir de guerre sans implication humaine et sans confrontation physique à un moment ou à un autre.

Si le facteur humain ne pourra jamais être remplacé complètement et durablement par la technologie, en revanche rien ne s’oppose à ce que les moyens technologiques (notamment les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication -NTIC-) soient exploités et mis en œuvre afin de mieux préparer la guerre sur le terrain. On voit alors, et seulement à ce moment, se dessiner et se profiler à l’horizon la notion de Guerre de l’Information.

Les actions qu’elle entraîne que l’on peut appeler les Opérations d’Informations ou actions d’environnement font partie du spectre des Opérations Spéciales. Par spéciales, nous entendons des opérations non conventionnelles.