Un patriote est mort

Un patriote est mort

Le colonel Paillole n’est plus. Il est parti sans bruit à l’image de sa vie silencieuse de grand homme du renseignement français. Ne nous trompons pas sur le sens de cette disparition. il n’existe pas beaucoup d’hommes de cette trempe dans notre pays. Ils sont rares et tellement précieux. L’homme de la rue ignore leur existence. Il cherche rarement à percer le sens de leur
engagement pour la France, de leur esprit de sacrifice. Et pourtant, sans eux, l’homme de la rue n’irait pas très loin sur les chemins chaotiques de l’Histoire.Le colonel Paillole fut un des premiers à relever la tête sous le joug nazi, à combattre l’occupant en réactivant les services spéciaux français. Grâce à lui et à ses proches, des espions du Reich ont été fusillés dans les territoires non occupés par les troupes du IIIème Reich. Le colonel Paillole fut le seul français à être admis par les Américains et les Britanniques dans le petit cercle préparant le débarquement du 6 juin 1944 sur les côtes de Normandie. Le reste se passe de commentaires.

Dans le monde trouble et incertain qui s’ouvre devant nous, le colonel Paillole nous laisse plus qu’une trace de lumière. Sa mémoire est un défi à la médiocrité et à l’opportunisme de ces anti-héros qui passent leur temps à répéter aux médias que la cause patriotique n’a plus de sens et que seul compte leur petit narcissisme de basse-cour.

Le colonel Paillole était un humaniste. Il a attendu quarante ans pour dévoiler l’identité d’une très importante taupe allemande travaillant pour les services spéciaux français à partir des années 30, afin de ne pas gêner son entourage familial en Allemagne. Le respect de l’homme avant l’ambition.

Il y a peu de chances pour que les enseignants qui défilent aujourd’hui dans les rues parlent un jour à leurs élèves du colonel Paillole. D’autres devront le faire à leur place car nos enfants ont besoin de ce genre d’hommes pour sécuriser leur avenir.

Christian Harbulot

  • Le colonel Paillole était l’auteur des ouvrages Services spéciaux (Laffont, 1975)

  • Notre espion chez Hitler (Laffont, 1985)

  • L’homme des services secrets (Julliard, 1995).