Un nouveau départ pour la diplomatie vaticane ?

Un nouveau départ pour la diplomatie vaticane ?

Assumer la succession de Jean Paul II sur le plan diplomatique était pour Benoir XVI un des défis les plus important de son début de pontificat. Après « l’ONU spirituelle » rassemblée à l’occasion des obsèques du pape polonais, acteur éminent de la chute du mur de Berlin, la diplomatie romaine a pris le temps de se réorganiser après les contrecoups du discours de Ratisbonne et l’arrivée du tandem Bertone-Mamberti voici un peu plus d’un an à la tête de la diplomatie du Saint-Siège.

La « felix culpa » de Ratisbonne

Benoit XVI, éminent théologien, a, semble-t-il eu du mal à prendre immédiatement la mesure de son rôle sur la scène géopolitique internationale endossée le jour de son élection. Le fameux discours de Ratisbonne (12 septembre 2006), dont il sera utile un jour d’examiner précisément l’instrumentalisation, a constitué une sorte de faux départ de l’action internationale du nouveau pape.

Certains observateurs, comme le recteur des collèges jésuites du Caire, le Pr Henri Boulad, ont finement estimé que cette « faute » objective pouvait finalement provoquer un dialogue « plus vrai et franc » avec l’Islam. Il déclarait ainsi le 1er octobre 2006: « si faute il y a eu de la part du pape, elle pourrait être heureuse: c’est une felix culpa« .

Si l’on en juge par les très nombreuses initiatives que cet évènement a déclenchées, rencontre du pape avec les ambassadeurs des pays arabes près le Saint Siège  (30 novembre 2006), colloques organisés par les Universités pontificales et l’Institut Pontifical d’études arabes et d’islamologie, cette analyse du faux pas salvateur se révèle assez juste.

La visite historique, le 7 novembre, du roi Abdallah d’Arabie Saoudite, un des rares Etats à ne pas avoir de relations diplomatiques avec le Saint Siège et l’un des plus durs à l’endroit de la liberté religieuse, et la lettre de 138 religieux musulmans du 11 octobre sont les derniers développements inédits de cette nouvelle ère des relations entre le Saint Siège et l’Islam.

Chine, Russie, Etats-Unis

Après la douche froide de Ratisbonne qui a coïncidé avec l’arrivée au poste de secrétaire d’Etat du cardinal Tarcisio Bertone, assisté pour les relations avec les Etats par le français Mgr Dominique Mamberti, les grands dossiers diplomatiques du pontificat de Benoit XVI ont pu être remis sur le métier.

Le dossier chinois constitue à cet égard une des priorités et paraît être entré dans une phase très intense de négociation. Si l’on ne peut développer ici dans la complexité de cette question, la lettre adressée par le pape en juin 2007 aux catholiques de Chine ainsi que la nomination de plus en plus fréquente d’évêques chinois avec le double accord du gouvernement chinois et du Saint Siège, constituent des éléments très positifs pour l’évolution de la situation entre les deux Etats. La Chine, dans la perspective des Jeux Olympiques et de sa stratégie d’ouverture, est sans doute prête à faire des concessions. Pour sa part, le Saint Siège, face à l’activisme agressif des évangéliques américains en Chine fait le maximum pour montrer que les catholiques ne sont pas un danger politique pour le PCC. Le pape insiste sur le fait qu’il n’y a bien qu’une seule Eglise catholique chinoise, et non pas une Eglise « officielle » et une Eglise « clandestine », prête à contribuer à l’harmonie de la société chinoise. Ces garanties de non ingérence du pape dans la politique intérieure chinoise ne cèdent cependant pas sur les droits de l’homme et spécialement la liberté religieuse.

Le rapprochement avec la Russie est aussi à souligner dans cette stratégie globale. Les contacts avec l’Eglise russe et son patriarche Alexis II n’ont jamais été aussi avancés avec le Siège apostolique. Il semble acquis qu’une prochaine rencontre ait lieu entre Benoit XVI et Alexis II. Au cours de l’été 2007, les relations se sont accélérées par des échanges publics de messages et se sont encore accentués à l’occasion de la visite du patriarche de Moscou et de toutes les Russies début octobre en France. Le cardinal Roger Etchegaray, envoyé du pape à l’occasion de ce voyage en France et ami personnel d’Alexis II, a sans doute contribué à aplanir les dernières difficultés.

Concernant les relations avec les Etats-Unis, dégradées par la position du Saint Siège en 2003 lors de l’invasion de l’Irak, des signaux semblent augurer d’un réchauffement. Ainsi, la nomination, le 11 novembre, de Mary Ann Glendon comme ambassadeur des USA près le Saint Siège, est un signe non négligeable.  Cette éminent enseignante d’Harvard a passé plus de temps dans les cercles romains que dans la diplomatie américaine. Nommée par Jean Paul II en 1994 à l’Académie pontificale des sciences sociales, qu’elle présidera en 2004, elle conduisit en 1995 la délégation du Saint Siège à la 4ème conférence mondiale de Pékin sur la femme. En nommant une brillante figure intellectuelle américaine ayant porté la parole officielle du Saint Siège dans les enceintes internationales, George W. Bush adresse un message clair à Benoir XVI.

Enfin, tout dernièrement, le 23 novembre, la diplomatie vaticane a innové en jetant les bases d’un groupe de pression international sous la forme d’un forum d’ONG d’inspiration catholique placé sous la houlette du secrétaire d’Etat et de l’observateur permanent auprès de l’ONU, Mgr Migliore. La capacité d’influence des organisations catholiques (Caritas Internationalis, Pax Christi, Universités Catholiques, ordres religieux,…) n’est pas nouvelle mais souffre d’une très grande dispersion de forces. La prise de conscience et l’articulation des différentes sphère d’action publique de l’Eglise catholique: diplomatie officielle, médias, ONG ou encore système universitaire.

Reste cependant plusieurs autres dossiers épineux, comme les relations avec Israël. L’établissement des relations diplomatiques en 1993 entre les deux Etats n’a eu dans les faits aucune traduction juridique du côté de l’Etat d’Israël: la Knesset n’ayant toujours pas ratifié l’accord. Ainsi, sur le plan fiscal, les ordres religieux catholiques encore présents en Terre sainte sont dans une situation d’asphyxie financière qui bénéficie à la politique israélienne.

Concernant le dossier européen, la mention des racines chrétiennes ne va pas manquer de faire sa réapparition dans les discussion autour du traité de Lisbonne. D’ores et déjà, les Eglises sont assurées par l’article 15ter que « l’Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier » avec les Eglises. Mais reste à préciser la nature et le niveau de ce dialogue, la diplomatie romaine ne souhaitant pas être ravalée au rang de groupe de pression ou traitée à l’égal de l’église de scientologie, qui s’engouffre dans la brèche ouverte par cet article et encore moins instrumentalisée dans les relations entre l’Union Européenne et l’Islam.