La location des terres, nouvelle forme de néocolonialisme des Etats riches ?

La location des terres, nouvelle forme de néocolonialisme des Etats riches ?

L’insécurité alimentaire créée par la hausse des prix  des denrées alimentaires, provoque l’essor d’un phénomène en Afrique : l’acquisition d’exploitation agricole par les Etats et groupes étrangers. Selon les Etats riches, la location des terres est nécessaire pour leur sécurisation alimentaire. Ce phénomène rappelle bien l’époque de la colonisation, ou l’argument justificatif nous disait que la colonisation était un mal nécessaire, que la colonisation était une politique du gagnant-gagnant, éducation des peuples africains contre procuration de matières premières. 

Avec le phénomène de la location des terres, il n’y a que les acteurs qui changent, ce n’est plus les Européens qui vont coloniser les terres d’Afrique, mais ce sont les pays asiatiques qui mènent le jeu cette fois ci en Afrique. Selon le Financial Times, en novembre dernier, Daewoo logistics, un groupe sud coréen s’est « payé » Madagascar. Selon l’accord révélé par le Financial Times, Daewoo a mis la main sur 1,3 millions d’hectares à Madagascar pour 99 ans sans une contrepartie financière. Officiellement Daewoo se charge juste de la mise en valeur des terres, soit un financement de six milliards de $ sur vingt cinq ans.
D’après Mr Hong : « Madagascar est un pays totalement sous-développé qui est resté intact. Nous allons leur fournir des emplois en leur faisant cultiver la terre, ce qui est bon pour Madagascar ». Les 1,3 million d’hectares sous licence représentent presque la moitié des terres actuellement arables de ce pays africain qui en compte environ 2,5 millions. Madagascar pourrait aussi bénéficier des investissements de Daewoo sous forme de routes, d’irrigation et d’équipements pour le stockage des grains. Un diplomate européen en poste en Afrique du sud, déclarait à ce propos :  « Nous craignons qu’il y ait très peu de bénéfices directs (pour Madagascar), les projets extractifs ayant très peu de retombées pour une industrialisation plus large ». Les travaux seront assurés par un groupe de Sud Coréens et de Sud Africains, d’où le rôle de spectateurs attribué aux malgaches sur leurs propres terres.
Mais les malgaches ne sont pas les seuls dans ce cas de figure, la FAO (l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), met en garde depuis un bon bout de temps les pays sur ce phénomène de location des terres mais il est vrai qu’avec la crise financière, les alertes et les mise en garde de la FAO passent au second plan et pendant ce temps certains dirigeants d’Etats pauvres bradent, exproprient les terres de leurs pauvres concitoyens.
Au Sénégal, le président Abdoulaye Wade a lancé la GOANA, grande offensive agricole pour la nourriture. Le président Wade a pris exemple sur la Namibie qui a réussi son programme alimentaire, assurer la sécurité alimentaire des Sénégalais, réduire la dépendance du Sénégal qui importe la quasi-totalité de ses denrées de base. Seul bémol, la présence dans la politique mise en œuvre d’une entreprise chinoise, la DTE (Datong Trading Entreprise).
Personne n’ignore les problèmes de la Chine, plus d’un milliards d’habitants, des phénomènes d’épuisement ou d’appauvrissement des sols chinois réduisent les rendements, la production de riz diminue rapidement, alors que la population chinoise augmente rapidement et que son niveau de vie croissant l’encourage à consommer davantage. La Chine ne pourra pas nourrir seule sa population et devra donc importer de plus en plus de nourriture et compte bien sur des entreprises comme la Datong Trading Entreprise (DTE) au Sénégal pour contribuer à assurer la sécurité alimentaire des  Chinois. Et cette mission, Mr Ouyang Riping, directeur de la DTE, compte bien la remplir, car, dans l’accord qui lie les autorités sénégalaises à la Chine dans le cadre de la GOANA, La société va gérer la bagatelle de 35 000 hectares disséminés dans tout le pays. Juridiquement, elle ne possède pas ces terres car tout le foncier est propriété d’Etat. Mais la DTE aura la mainmise sur la production des fermiers locaux, qu’elle rachètera au prix fixé par elle. Précision : pas un gramme de ce sésame sino-sénégalais n’est destiné au marché local.

Sources :
Nouvel obs. : M. Riping, roi du sésame, Un Chinois à Dakar
Nouvel obs. : Daewoo se « paie » Madagascar
Afrik .com : ces etats qui accaparent les terres agricoles en Afrique