Les failles du greenwashing chez Mc Donald’s

Les failles du greenwashing chez Mc Donald’s

Première entreprise de restauration rapide au monde, symbole d’une industrie agroalimentaire dégradée, Mc Donald’s  s’est récemment mis au greenwashing. Face à l’émergence d’une clientèle à la fois  plus soucieuse de la qualité de son  alimentation et régulièrement sensibilisée sur les dangers de la « malbouffe », l’entreprise américaine a adaptée sa stratégie. Elle   a ainsi  récemment modifié la couleur de fond de son logo, passant du rouge au vert. Si cette stratégie n’a pour l’instant été déployé uniquement en Europe, en France cette politique se double d’une tribune sur le site de Mc Donald’s consacrée  à l’environnement, d’un blog alimenté par Delphine Smagghe,  Directrice Environnement et Développement durable McDonald’s France et d’une  politique de communication très active. Pourtant ces différentes mesures ne diminuent en rien les vulnérabilités du groupe : en mettant en avant son attachement – récent- à l’environnement Mc Donald comme d’autres entreprises qui ont entrepris de faire du greenwashing se doit d’être irréprochable.
Or le géant des fast-food demeure le symbole d’une industrie qui pollue et détruit et, surtout, reste  la cible de choix des ONG  environnementales. Mac Donald’s reste très vulnérable sur les thèmes qu’elle  met en exergue tels que la traçabilité des matières premières, l’utilisation des emballages, le bien-être des animaux  ou la consommation d’huile de palme dont l’utilisation massive entraine la déforestation. En effet, sur le thème de la traçabilité, par exemple, Mc Donald’s affirme pouvoir établir la traçabilité de ses produits et se fournir essentiellement en produits issus de l’approvisionnement local. Or le principal fournisseur de poulet de Mc Donald’s, Cargill Foods France  utilise chaque année  13 000 tonnes de viande de poulet. Quatre-vingt-six pour cent de la viande achetée est européenne. Elle est issue de France (45 %), d´Angleterre (37 %) et des Pays-Bas (4 %). Le reste (14 %) est importé du Brésil.Or la multinationale américaine de l’agroalimentaire Cargill (chiffres d’affaires: 70 milliards de dollars) dispose au Brésil de vastes installations, dont 13 entrepôts géants, pour le transit de soja destinées à nourrir les poulets d’élevage. Expédié en Angleterre, ce soja aboutit à l’entreprise d’élevage de poulet de batterie Sun Valley filiale de Cargill,  laquelle fournit, avec une production d’un million de poulets par semaine, 50 % de la quantité de volailles utilisée par les McDonald’s en Grande- Bretagne et en Europe.  L’opération contribue à la fois déforestation massive de l’Amazonie et décrédibilise l’un des axes de communication de Mc Donalds qui affirme l’attachement de l’entreprise à l’approvisionnement local. L’élevage de poulet en batterie remet également en cause son argumentation sur la prise en compte du  bien-être animal. Selon Greenpeace, qui a produit sur le sujet une étude, plus de 25.000 km carrés de forêt ont disparu en 2005 pour faire place à la culture intensive du soja, culture qui bénéficie d’un prêt de 30 millions de dollars de la Banque mondiale, accordé à Blairo Maggi, le plus gros producteur brésilien de soja, afin qu’il développe ses plantations sur 2 millions d’hectares dans la forêt amazonienne.
Autre axe de  communication de Mc Donalds : le recyclage des emballages, en 2008 elle aurait économisait 121 tonnes de carton en réduisant le poids de ses emballages. Des chiffres impressionnant, au premier abord seulement, car chaque année Mc Donald’s produit 34 000 tonnes d’emballages.
Le récent greenwashing de Mc Donalds peut servir à déstabiliser l’entreprise américaine en la mettant face à ses contradictions dans le domaine du développement durable et de l’environnement et plus particulièrement sur le thème de la traçabilité, du bien-être animal et du recyclage de ses emballages.

Myriam Serdouh