L’opération Aurora de Google en Chine

L’opération Aurora de Google en Chine

Le 12 janvier 2010, Google annonçait avoir été piraté par des hackers chinois. En rétorsion, le site de recherche annonce la suppression de la censure imposée par le gouvernement Chinois, et redirige les internautes chinois vers son serveur à Hong-Kong. Le 17 juillet 2010, Google fait machine arrière et rétablit la censure afin de s’assurer du renouvellement de sa licence d’exploitation pour la Chine. Ce brusque revirement est-il une expression de l’issue programmée d’une gigantesque action de communication, ou est-ce la conséquence inattendue de pressions des investisseurs financiers ?

Acte I : Le 12 janvier dernier, Google annonce la fin de la censure sur son serveur chinois, en réaction à une cyber-attaque d’origine chinoise. Attribué à des hackers proches du gouvernement de la République Populaire de Chine, ce piratage visait la sécurité du service de messagerie Gmail, dans le but d’accéder à des comptes de dissidents chinois.

Acte II : après six mois de bras de fer médiatique, Google rétablit la censure sur les recherches effectuées à partir de google.cn. Cette mesure permet au géant mondial de la recherche sur Internet de voir sa licence Internet Content Provider (ICP) annuelle reconduite par la Chine.
Epilogue : La réaction de Google face à cette action de piratage surprend et interpelle. Pourquoi annoncer une faille de son système de sécurité ? Pourquoi Google, entreprise toute puissante reconnaît-elle ses faiblesses face à quelques hackers chinois ? Les attaques de ce type sont courantes sur Internet. Toute grosse entreprise se fait régulièrement tester sur ses sécurités informatiques. Pourquoi Google a-t-il de manière soudaine souhaité publier à ce sujet ? Les habitudes de l’entreprise de MountainView en matière de communication sont plutôt de travailler dans la discrétion.

Au moment où Google se fait attaquer en Europe sur les notions de respects de la vie privée des internautes, mais aussi sur sa toute maitrise de millions d’informations personnelles, avec entre autre les programmes de GoogleMaps, GoogleDoc, Gmail, cette situation tombe à point nommé. En effet, en rétablissant un accès libre à tous les internautes chinois, au prétexte de préserver la liberté d’expression des opposants chinois qui se sont fait pirater leur compte Gmail, Google tente une opération d’influence.

Quelles justifications et quelles motivations pour Google ? La société affirme s’insurger contre le contrôle absolutiste du gouvernement chinois. Lassé des censures à répétition contre Internet, Google annonce au monde s’opposer pour le respect des libertés individuelles de millions de chinois. Cette action présente deux intérêts majeurs : -Google s’affiche comme une multinationale respectueuse des libertés, prenant à contre-pied ses détracteurs européens ; -Google lance un double message aux internautes chinois : – le premier dans le but de rendre sa marque plus visible en Chine où Baidu, son principal concurrent, trust près de 60% des parts de marché de la recherche Internet, contre 23% pour Google – le second émet un signal fort pour ceux qui souhaitent plus de libertés sur Internet. Les dissidents sont ici segmentés comme une cible marketing.
Cependant, on ne peut pas dire que cette tentative pour améliorer l’image corporate de l’entreprise ait eu tous les effets escomptés. Le 17 juillet, Google fait machine arrière pour s’assurer le renouvellement de sa licence d’exploitation en Chine. Pourquoi un tel revirement ? Peut-être parce qu’à partir du jour où Google a annoncé sa décision de s’opposer au gouvernement chinois, son titre en bourse, coté près de 600 US.$ au Nasdaq, a perdu en une semaine près de 1/6èmede sa valeur. Sur 6 mois, le titre perd près de 30% à 400 US.$. Au lendemain du rétablissement de la censure et du renouvellement de la licence, le titre de Google regrimpe de près de 22%.
Action de communication qui coûte cher, ou pression des investisseurs sur le titre, pour signaler à Google l’intérêt de rester en Chine ?

Nicolas Mulnet