La lutte anti-corruption, outil d’influence des Etats-Unis ?

La lutte anti-corruption, outil d’influence des Etats-Unis ?

France TV info a failli lancer le débat. Les grandes entreprises commencent à émettre des critiques de plus en plus insistantes sur la manière dont les Etats-Unis utilisent de manière offensive le prétexte de la lutte anti-corruption pour mener des opérations de prédation financière sur les entreprises françaises. Certains faits particulièrement démonstratifs ne leur ont pas échappé. L’emprisonnement d’un cadre dirigeant d’Alstom durant 14 mois dans une prison de haute sécurité américaine a été considéré comme un véritable acte de provocation. Un délit de corruption n’explique pas cette forme de chantage psychologique liée à ce type de conditions de détention. Le fait que cette personne ait été remise en liberté après le rachat d’une partie d’Alstom par le groupe américain General Electric a été considéré comme un signal fort du cynisme américain dans ce type d’affaires. Rappelons pour mémoire que les retombées stratégiques de la convention OCDE avait été l’objet d’une forme d’autocritique (fait extrêmement rare pour être signalé) émise par Jean Jacques Martini le sous directeur en titre de sous direction B (protection du patrimoine). Lors d’une interview télévisée, ce dernier reconnaissait que son service n’avait pas été assez vigilant sur les risques liés aux manipulations possibles de la législation mise en place à la suite de cette convention ans différents pays.
Les Etats-Unis ont instauré un système de transaction juridictionnelle pour lutter contre la corruption qui ouvre la voie à toutes les formes de pression psychologique et un encouragement à la délation récompensé par un système de primes versés aux « lanceurs d’alerte » qui touchent 13 à 17% des sommes recouvrées par le fisc américain. La Grande Bretagne s’est doté d’un système équivalent. La France va chercher à temporiser en se créant un système ad hoc. Les porte paroles de la société civile vont réclamer plus de justice alors que dans le même temps des pays comme la Chine ne reconnaissent pas le système américain. Rappelons pour mémoire qu’une grande partie des transactions en Asie, en Inde, au Moyen Orient, en Afrique et en Amérique du Sud se font dans des logiques qui tournent le dos à la loi anti-corruption impulsée par les Etats-Unis.
Il est intéressant de noter que Washington ne fait rien en revanche pour rendre transparent les flux financiers qui passent par les grands cabinets d’audit et de conseil. Cette non transparence n’est pas anecdotique et permet d’appuyer des transactions qui profitent aux intérêts nord-américains. Mais comme dirait Jean Baptiste Carpentier, commissaire à l’information stratégique et à la sécurité économiques, la guerre économique n’existe pas, seule prévaut la coopétition. Dans son intervention clôturant le colloque organisé mercredi 16 mars par le SYNFIE, cet inspecteur des finances censé aider la République Française à mieux cerner les enjeux informationnels dans les rapports de force économiques a fait surtout la démonstration de sa suffisance.