Les méthodes offensives des associations de défense des animaux

Les méthodes offensives des associations de défense des animaux

« L214 Ethique et Animaux » se présente comme une association de défense des droits des animaux. Fondée en deux mille huit, l’association porte un nom militant, puisqu’il fait référence à un article du code rural accordant le statut d’être sensible aux animaux.
La philosophie qui l’anime est plus complexe que la simple notion de bien-être animal : elle repose sur les concepts de véganisme (de l’anglais veganism) et d’antispécisme (de l’anglais speciesism) qui proscrivent toute consommation ou usage d’un produit d’origine animale. Le véganisme dépasse donc largement son quasi-homophone le végétarisme, régime alimentaire dont certaines formes souples ne se limitent qu’à une simple limitation de la consommation de viande.
L214 possède désormais un impact tel, qu’en l’espace de quelques jours, elle a fait ployer une entreprise alimentaire connue : celle-ci s’est engagée à ne plus utiliser d’œufs issus d’élevages industriels. Comment expliquer une si grande force de persuasion ?

Vers le choix d’une cible visuellement porteuse: les abattoirs
L’association s’est spécialisée dans la diffusion de vidéos tournées en caméra cachée. Dès l’année deux mille quatre, c’est-à-dire avant même la création de l’association, ses fondateurs ont régulièrement procédé à des enregistrements clandestins au sein d’unités de gavage de canards. En se basant sur les conditions imposées aux animaux, les militants essaient durant ces années de stopper la pratique du gavage. Bien que vaine, cette quête pose indirectement la question de la pertinence de la consommation de foie gras.
Tout début deux mille neuf, un premier film réalisé en caméra cachée par un militant s’étant fait embaucher pour l’occasion montre des défauts dans l’anesthésie de bovins avant leur mise à mort au sein d’un abattoir. L’exploitant tente d’interdire la diffusion des images en dénonçant la manière dont elles ont été obtenues. Ce faisant, il provoque un « effet Streisand » contre-productif à son propre encontre : la vidéo multiplie le nombre de vues.

Ayant enclenché une nouvelle dynamique, l’association diffuse de nouveaux films adaptés au format internet : courts, bien montés, sous-titrés et avec une voix hors champ connue. En moins de six mois, de mi-octobre deux mille quinze à mars deux mille seize, trois vidéos choc mettent en cause trois abattoirs distincts pour la cruauté des traitements subis par les animaux.

Le dernier abattoir ciblé présente des caractéristiques qui ont été mises à profit :
– le site est très sollicité pendant la période des fêtes pascales à cause de la demande en viande ovine ;
– sa clientèle est prestigieuse, et le site est même certifié pour le traitement d’animaux issus de la filière biologique ;
– le directeur est très proche de la retraite.

Dans les trois cas, un schéma se répète suite à la diffusion : indignation populaire, dépôt de plainte par l’association, fermeture administrative de l’établissement, réactions politiques. Ces dernières sont d’ailleurs d’intensité croissante. D’un simple « rappel à la prévention de la maltraitance lors de l’abattage » , le Ministère de l’Agriculture a du successivement annoncer des inspections supplémentaires, puis finalement un train complet de mesures « en faveur du bien-être animal ».


La légitimité de la consommation de viande en question

A l’exclusion d’arguments rationnels dans le débat sur la réduction de la consommation de protéines animales (bénéfices pour la santé, quantité de ressources nécessaires à la production animale…), l’attaque informationnelle porte ici uniquement sur un argument émotionnel. En exposant des cas de maltraitance sur des animaux dans des abattoirs – lieux où l’acte symboliquement fort d’ôter la vie se déroule –, l’action de l’association L214 induit un discrédit sur la nécessité de leur mise à mort, ce qui conduit par conséquent à une remise en cause de la consommation de viande.