Les plateformes de pétition en ligne, nouvel outil dans la guerre de l’information ?

Les plateformes de pétition en ligne, nouvel outil dans la guerre de l’information ?

L’essor des pétitions en ligne
Depuis quelques années, on observe l’émergence des pétitions en ligne, corolaires de la montée en puissance des réseaux sociaux, le public n’hésitant plus à exprimer ses griefs à l’égard d’un produit, d’un projet, d’une marque ou d’une entreprise. Les pétitions en ligne n’ont aucune valeur juridique, toutefois, soucieux de l’opinion publique, les décideurs y sont sensibles.
En France, le marché des pétitions en ligne s’organise autour d’acteurs majeurs tel qu’Avaaz.com ou Change.org (présent sur 4 continents, 135 millions d’utilisateurs dont 6 en France, un million de pétitions en ligne), Wesign.it ou Mesopinions.com qui revendique 4 millions d’utilisateurs en France.
Si ces plateformes communiquent abondamment sur leurs succès (pétition du mouvement des Poussins qui a fait reculer le gouvernement sur une réforme du statut des auto-entrepreneurs, obtention d’un moratoire européen contre les pesticides dangereux pour les abeilles), les pétitions qui aboutissent à de tels résultats restent l’exception.
Citons également celle qui a contraint le chausseur Eram à ne plus utiliser de cuir issu de zones de déforestation ou encore celle lancée par l’association écologiste Bloom contre le chalutage en eaux profondes, signée par 800.000 citoyens, qui a obligé Intermarché à renoncer à cette pratique.
Ce phénomène s’étend également aux pays en voie de développement ; ainsi début 2014, Orange s’est engagée, suite à une pétition lancée par l’ONG All Out, à ne plus acheter d’espaces publicitaires aux journaux ougandais coupables de publications homophobes.

Ces sites doivent faire face à de nombreuses critiques :
– Absence de contrôle sur les pétitionnaires, possibilité d’anonymat, doutes sur la fiabilité du nombre de signatures, questionnement sur la légitimité et le degré de compréhension des signataires.

– Soupçons de manipulation avec le développement de l’« astroturfing » (1) et absence de neutralité: Avaaz et Wesign.it se réservent le droit de ne pas publier une pétition contraire à leur charte de valeurs. Avaaz soutient ainsi ouvertement certaines causes comme les interventions en Libye ou en Syrie ou encore le mariage pour tous.

– Interrogations sur le financement de ces plateformes : si Avaaz est une fondation financée par ses donateurs, notamment Georges Soros, les autres sont des entreprises. Leur modèle économique repose sur un outil gratuit pour les pétitionnaires et sur des services payants pour les associations caritatives : publicité et pétitions sponsorisées et ciblées grâce aux données collectées sur les signataires (goûts, opinions politiques, causes).

Les entreprises doivent désormais s’approprier ces outils

Change.org a lancé une nouvelle fonctionnalité baptisée « Décideurs », en cours de présentation auprès des agences de communication et de relations publiques. Spécialement destinée aux entreprises, institutions et partis politiques qui sont régulièrement interpelés sur la plateforme, elle octroie au décideur un droit de réponse direct au pétitionnaire et aux signataires dès qu’une pétition le concernant est publiée. La future plateforme « I-Boycott » entend conjuguer une posture plus agressive que les plateformes de pétition en ligne : le boycott, avec un droit de réponse automatiquement accordé aux cibles, qui pourront s’expliquer et apporter des preuves d’une prise en compte des critiques formulées.
Les entreprises pourraient judicieusement utiliser de manière proactive les pétitions en ligne afin de communiquer spontanément sur des opérations de mécénat ou de développement durable, en impliquant et fédérant les signataires autour de leurs projets.

(1) technique pratiquée par des lobbys politiques, industriels ou publicitaires consistant à faire croire à la spontanéité d’une revendication ou d’un mouvement citoyen, notamment par le biais de pétitions ou de sondages.