Polémique sur les compteurs Linky

Polémique sur les compteurs Linky

Lancé en 2007 par EDF France, et concédé en 2008 à sa filiale ERDF, spécialisée dans la distribution publique de l’électricité, le projet Linky a pour ambition d’équiper l’ensemble de la France à l’horizon 2021 de compteurs électriques intelligents. Il s’agit d’une opération d’envergure d’installation de 35 millions de compteurs estimée à 5 milliards d’euros.

Les avantages du compteur Linky selon ERDF
Ces nouveaux compteurs électriques sont des compteurs communicants utilisant la technologie CPL (Courant Porteur en Ligne), ce qui permet de pouvoir les actionner et les interroger à distance. Il s’agit donc une technologie de pointe qui répond à la problématique des Big Data si l’on tient compte du volume de données que sera amené à gérer ERDF dans les décennies à venir. Comme le précise l’ERDF, les compteurs Linky permettent une gestion plus rationnelle de l’énergie électrique pour tous les acteurs économiques grâce à un réseau modernisé et mieux piloté. Il apportera aux ménages, une connaissance plus précise des consommations énergétiques. Il donnera aux les collectivités une capacité plus performante de la gestion de l’électricité publique. Pour les petits producteurs d’électricité, le remplacement de deux compteurs classiques par un compteur Linky facilitera l’installation des moyens de production d’énergies renouvelables (photovoltaïque, éolien). Les Compteurs Linky permettront aussi l’amélioration des systèmes de gestion de la clientèle, depuis la tarification, les nouvelles offres jusqu’à la satisfaction du client.
Linky représentera à terme 35 millions de « capteurs » qui pourront fournir des informations sur l’état du réseau Basse Tension situé en amont du compteur. Cette nouvelle technologie aura des répercussions sur l’ensemble de l’économie :
– Par la réduction des coûts de gestion grâce notamment à la réalisation à distance de nombreuses opérations (relevé, changement de puissance, résiliation, mise en service…)
– Par l’optimisation du développement du réseau et la diminution des pertes (fraudes, erreurs de gestion) par une meilleure connaissance des flux d’énergie.
– Par l’amélioration de l’exploitation du réseau (suivi plus efficace et efficient de la qualité de l’électricité, détection et localisation au plus près des incidents, cartographie fiabilisée).
– Par la préparation des réseaux basse tension (BT) à l’intégration en masse des énergies renouvelables (le photovoltaïque), et des véhicules électriques.

Cependant, force est de constater que la mise en service des Compteurs Linky ne fait pas l’unanimité dans certains milieux, qui ont décidé de se battre contre leur installation.

Contestation du programme Linky
Des associations de consommateurs, certaines collectivités à travers leurs mairies, la ligue des Droits de l’Homme dénoncent les possibles dangers que représenteraient les compteurs Linky. Il s’agirait de probables dangers pour la santé (champs radiofréquences électromagnétiques source de cancer), de la violation de la vie privée à travers la collecte et l’utilisation des informations à caractère confidentiel, de l’augmentation du prix de l’électricité et des possibilités de piratage et de l’utilisation des informations à des fins néfastes (cambriolage….).
Ces accusations portées sur les compteurs Linky sont toutes réfutées par l’ERDF. Les compteurs Linky ont été autorisés par les pouvoir publics sur la base d’un rapport favorable de la Commission de Régulation de l’Energie (CRE). Débutée en 2009, l’expérimentation a consisté à l’installation de 300 000 compteurs en Indre-et-Loire et à Lyon. Les différentes interrogations soulevées par des associations (notamment UFC-Que Choisir) et le CRE sur l’affichage déporté de Linky , la sensibilité aux ondes des usagers ont été éclaircies durant la phase d’expérimentation , toutes choses qui ont permis au CRE de conclure en 2011 que les compteurs Linky respectent les normes et sont donc conformes.
Les inquiétudes sur la vie privée émises par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) ont fait l’objet d’une communication de l’EDF qui s’est engagé à utiliser les informations collectées de façon confidentielle dans le seul cadre de la gestion de l’électricité.
De son côté, le Centre de recherche et d’information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (CRIIREM) qui a réalisé une étude sur l’exposition aux ondes dans les zones d’essai de Linky, a confirmé qu’il n’existerait pas « de risques sanitaires aigus , ni de risques d’effets physiopathologiques à craindre en lien avec l’exposition aux rayonnements et radiofréquences émis par les compteurs Linky». En effet, bien que les ondes des radiofréquences du système CPL aient été classées dans la catégorie « cancérogène possible » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), il a été toutefois démontré que la technique CPL expose largement moins les personnes par rapport aux ondes des téléphones portables ou du WiFi dans les habitations. Les huit incendies enregistrés sur les 300 000 compteurs test durant la période d’expérimentation suffiraient-ils à conclure à la dangerosité des compteurs Linky comme le clament les opposants à leur déploiement ? Cela reste à démontrer. L’électronique embarquée dans l’automobile a généré à ses débuts un pourcentage non négligeable de problèmes, dont des véhicules qui prenaient feu sur les aires de stationnement.

Une campagne de dénigrement persistante
Les pouvoirs publics ont confirmé leur soutien par le biais de la loi de transition énergétique du 18 août 2015 et la caution des organes de certification agréés. Malgré les d’EDF, les détracteurs du programme Linky poursuivent leur démarche de dénigrement. Les campagnes contre l’installation des compteurs Linky font le buzz sur les réseaux sociaux et les blogs. Sur Facebook et Twitter notamment et à travers les medias, la guerre à l’information sur les compteurs Linky est réelle. Tandis que l’ERDF multiplie les campagnes de sensibilisation sur les avantages des compteurs Linky et rassure sur les éventuels risques, les partisans du non aux compteurs Linky mènent une véritable guérilla informationnelle auprès des élus locaux. Bien que jugés juridiquement non fondés par UFC-Que Choisir, ces délibérations publiques sont des cibles rêvées dans la mesure où les détracteurs les transforment en tribunal d’opinion. Face à eux, les représentants d’ERDF ont du mal à répondre car ils sont systématiquement mis en position d’accusé. Il suffit que la salle soit remplie par des sympathisants pour infléchir l’attitude de certains conseils municipaux qui n’hésitent pas à se rallier à la cause des anti-Linky. Ce genre de débat contradictoire n’est pas nouveau. Lors du développement du chemin de fer, des villes comme Orléans ont refusé d’être reliées au réseau. Elles paient encore aujourd’hui cette forme de négation du progrès.
Le 20 mars 2013, le Conseil d’Etat a rejeté les quatre recours formulés par l’association anti-ondes Robin des Toits et UFC-Que Choisir. Il a jugé irrecevable les allégations portées contre les compteurs intelligents en ces mots : « Il ne ressort pas des pièces du dossier que des éléments circonstanciés feraient apparaître, en l’état des connaissances scientifiques, des risques, mêmes incertains, de nature à faire obstacle au déploiement de dispositifs de comptage linky ». En outre, « les rayonnements électromagnétiques émis par les dispositifs de comptage et les câbles n’excèdent ni les seuils fixés par décret (…) ni ceux admis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) » ». La décision du Conseil d’Etat n’a pas infléchi pour autant la position des détracteurs du programme Linky.