La guerre de l’information contre les abattoirs

La guerre de l’information contre les abattoirs

Comment L214 utilise des démonstrations de force spectaculaires pour générer un syndrome du « tous pourris » , abattre les abattoirs et abolir la consommation de viande. Depuis près d’un an, l’association L214 éthique et animaux, une association abolitionniste de la consommation de viande, diffuse régulièrement dans les médias des images choquantes. En octobre 2015 puis en février 2016, elle publie des images des abattoirs d’Alès puis du Vigan. Olivier Falorni, député RRDP, provoque la création d’une commission d’enquête parlementaire sur « Conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français ». À la fin mars, une semaine après les déclarations du député, elle publie des images de l’abattoir intercommunal de Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques) où travaillent 37 salariés.

Un cas d’école : Mauléon-Licharre
L’offensive débute le lendemain de Pâques, le 29 mars 2016, durant une période où la consommation d’agneaux est traditionnellement importante et les ventes multipliées par 4.
L214 diffuse dans le Monde des images filmées en caméra cachée dans l’abattoir de Mauléon-Licharre et présentées par l’écrivain Jean-Baptiste Del Amo. L’association dépose plainte pour fait de maltraitance, de sévices graves et d’actes de cruauté auprès du TGI de Pau et demande au TA de Pau un référé expertise.
Le même jour, elle lance une pétition sur internet pour exiger plus de transparence dans les abattoirs afin d’accroitre la pression. Le maire ferme alors l’établissement « pour une durée indéterminée, à titre conservatoire. » et le préfet suspend les agréments du site pour les activités d’abattage.
En moins de 48H, l’abattoir doit donc faire face à une crise sur le front informationnel (la presse, la pétition), juridique (la plainte, le référé) et administratif (la fermeture, la suspension de l’agrément). Suivent la plainte de la Fédération des éleveurs et producteurs de viande bovine (FNB), puis la plainte de la Fondation Brigitte Bardot contre les employés sur les vidéos et dont un représentant local assimile l’abattoir à un « éternel Treblinka » sur Twitter.
Le 31 mars, deux salariés sont mis à pied, un autre suivra. La Fédération nationale des exploitants d’abattoirs prestataires de service (FNEAP) incite alors la mairie à « porter plainte contre l’association L214 pour effraction et entrée dans un espace totalement privé. »
Le député Jean Lassalle est l’un des rares à défendre l’abattoir : « Je pense que l’abattoir a davantage besoin d’être défendu que flingué. C’est un pôle économique important, avec des emplois. » Le 11 mai, plusieurs employés mis à pied, révèleront des conditions difficiles : sous effectif des employés et matériel vétuste.

La technique du choc et de l’effroi
Association de loi de 1908 et de droit local, L214 maitrise la tactique du choc et de l’effroi médiatique. Pour cela, elle a à sa disposition un budget de près de 600 000 euros, 13 employés, 12 000 adhérents et un compte Facebook suivi par 585 000 personnes.
L214 cherche la répétition des scandales dont les images violentes sont garantes d’un buzz médiatique. Celles-ci sont pourtant obtenues en violant la loi. Pour encore en augmenter la portée, elle n’hésite pas à s’organiser avec des journaux de grandes audiences (Le Monde) et faire présenter les images par des personnalités (comme Jean-Baptiste Del Amo, lui-même végétalien).
La mécanique est bien huilée : infiltration dans les abattoirs, obtention d’images, diffusion dans la presse présentées par une personnalité et action en justice. Elle connait parfaitement l’environnement dans lequel elle se bat, mène une action rapide et contrôle parfaitement son exécution quitte à retenir des images filmées pour donner le la médiatique.
L’abattoir visé doit faire face sur de multiples fronts (communication, juridique, administratif) avec de très nombreux acteurs les différentes fédérations de métier, les fédérations de défenseurs des animaux, la presse, les politiques, la justice. Mais également à une rare violence des propos : comparaison aux crimes nazis, mails d’insultes, etc.
Et même si un député prend sa défense, si le directeur de l’abattoir ouvre celui-ci aux caméras de TF1 devant lesquelles des employés s’estiment « trahis », l’avantage reste à l’attaquant qui joue à fond sur l’impact émotionnel des images prises et présentées comme preuves indiscutables de l’affaire qu’ils dénoncent.
Outre l’abattoir en lui-même, l’objectif est clairement de peser sur la commission d’enquête parlementaire à laquelle L214 participa le 27 avril 2016 et s’imposer comme un acteur incontournable.
Le but est de généraliser deux choses :
– Alimenter l’impression du « tous pourris » autour des abattoirs et de l’industrie de la viande.
– L’idée culpabilisatrice que la consommation de viande est non-éthique.

L’association profite de la méconnaissance du grand public concernant une filière pourtant en crise, car in fine, si plusieurs abattoirs ont des dysfonctionnements, les activistes de L124 cherchent à faire passer l’idée que c’est la totalité des abattoirs qui est concernée par le scandale.
Cette dénonciation publique se veut d’autant plus crédible qu’après la publication des images, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, a ordonné des inspections dans l’ensemble des abattoirs de France, et en cas de manquement « la suspension sans délai de l’agrément de ces établissements » en mars 2016.
L214 perçant dans le domaine médiatique, elle stimule les autres associations qui ne souhaitent pas perdre d’adhérents par inactivité. On voit ainsi la Fondation Brigitte Bardot porter plainte contre les employés ou encore faire réaliser, en octobre 2016, par l’IFOP, un sondage sur l’installation de vidéosurveillance dans les abattoirs.
Les effets indirects des opérations d’influence montées par L214 transparaissent dans l’approche que certains politiques ont désormais du problème. C’est le cas du député radical de gauche de Charente-Maritime, Olivier Falorni. Dans le rapport rendu le 20 septembre 2016, par la commission parlementaire, ce dernier relève que le mot « animal » n’apparait jamais et cette absence, compte tenu de l’évolution de notre société, est de plus en plus difficile à expliquer. Il lui semble opportun d’inscrire dans la Constitution les droits des animaux. Une telle initiative serait selon lui une avancée forte et utile dans le combat légitime pour la protection animale.