La cession de Safran Identity and Security affaiblit l’offre française dans le numérique

La cession de Safran Identity and Security affaiblit l’offre française dans le numérique

Le 29 septembre 2016, le groupe Safran annonce son entrée en négociation exclusive avec le fond américain Advent International (associé à BPI France) concernant le rachat des activités de sa filiale Safran Identity and Security. Safran Identity and Security est une entreprise qui en 2015 a réalisé un chiffre d’affaires de 1,9 milliard d’euros. Elle emploie 8 700 employés dans le monde. Cette société était anciennement Morpho Systèmes et représentait les activités liées à l’identité numérique de l’entreprise française SAGEM (1). SAGEM était leader en matière de numérique et de sécurité. Safran Identity and Security dispose d’une forte implantation aux États-Unis, du fait de la législation nationale en vigueur et de politique de rachat. Le rachat quasi acté de Safran Identity and Security, sous couvert de concentration capitalistique, revêt en substance des éléments d’affrontement géoéconomique. En effet, il signale l’internationalisation du secteur de l’identité numérique, historiquement français, au profit d’intérêts pour partie américains.

La France jouit d’une forte présence historique dans le secteur de la sécurité numérique depuis les débuts de la carte à puce. Grâce à son positionnement et à ses compétences-clés matures, le pays a également une forte capacité d’innovation.
Depuis les années 1980, on assiste à une forte concentration des acteurs sur leur cœur de métier et par conséquent à la disparition progressive d’activités annexes (ex : Sagem et ses activités télécommunications ou mobiles).

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Entreprise Pays d’origine et spécificités
3M États-Unis
Gemalto France.Société de droit néerlandais issue la fusion en 2006 entre Gemplus et Axalto
Oberthur technologies France. Depuis 2011, l’actionnaire majoritaire de la société de portefeuille est le fond américain de private equity Advent International

Les intérêts américains se signalent, outre un droit offensif (intégration dans les filiales de nationaux dans des secteurs dépendants de la sécurité nationale), par l’influence en matière de soft law (à l’Union Internationales des Télécommunications) sur la question du numérique.
En achetant une entreprise française, les États-Unis (2) peuvent avoir la possibilité de réguler un marché où l’innovation est coûteuse. Ainsi, une coopération accrue en matière de recherche appliquée et de développement est plus aisée entre deux entités d’un même portefeuille. À ce propos, les logiques de coopétition (Secure Identity Alliance) abondent dans le sens d’une uniformisation de l’offre mondial. Plus précisément, les offres sont semblables ou complémentaires, car elles émanent de mêmes groupes.
Cette logique de concentration nuit à moyen terme à la complémentarité de l’offre française en matière d’identité numérique. En exportant, d’abord en Afrique, son plan « développement et numérique », la France entend porter son expertise.
Pourtant, force est de constater que la logique du rachat de Safran Identity and Security entrave la coordination industrielle (3) en Afrique. Safran est en effet l’un des leaders mondiaux de l’identité. À ce titre, l’entreprise dispose de canaux d’influence forts dans des pays subsahariens parfois peu propices aux nouveaux entrants (Zimbabwe).
En actant cette future revente la France se prive de partenariats entre nationaux pour la conquête de marché en explosion (ex. explosion démographique).
Alors que la réduction de la fracture numérique est à l’agenda mondial (PNUD, UIT, BM (4)), le rachat sous capitaux américains de Safran Identity and Security peut conduire à une perte de savoir-faire et d’influence pour la France. Il est probable que des logiques de solidarité de holding prévalent sur celles nationales dans la conquête de nouveaux marchés.

(1) Avant la fusion en 2005 avec la SNECMA pour la création de l’entité SAFRAN.
(2) Par l’intermédiaire d’un fond d’investissements actif sur les marchés à haute valeur ajoutée, ici Advent.
(3) Dans une logique de conquête des marchés sur le continent entre partenaires français ou de mutualisation des efforts de projection. En 2013, la France avait déjà promu un plan d’action national sur la transition numérique pour l’Afrique. Cela avait donné lieu à des synergies notamment sur le cas de la TNT entre fournisseurs d’infrastructures et de services.
(4) BANQUE MONDIALE, « Technologies numériques et développement : un potentiel énorme toujours hors de portée pour 4 milliards d’individus privés d’internet.