La déferlante informationnelle russe

La déferlante informationnelle russe

 

 

La Russie, depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, a tenté de s’adapter au déclin dramatique de ses fortunes militaires en partie grâce à sa doctrine et à ses capacités en matière de guerre intégrée. Les penseurs stratégiques militaires russes ont très tôt compris comment le développement de nouvelles cyber-armes aurait une profonde influence sur les méthodes d’influence, les objectifs ultimes et les définitions de la victoire dans les guerres futures.

Ils ont observé l’efficacité des forces de guerre électroniques américaines opérant contre l’Irak pendant la première guerre du Golfe. Par la suite, la doctrine russe a commencé à refléter la prise de conscience que l’utilisation de ces nouvelles armes cyber électroniques viserait à cibler les systèmes politiques et économiques les plus importants sans contact direct avec les forces opposées.

Cela comprend l’accès non autorisé aux ressources d’information grâce à l’utilisation de logiciels et de matériel pour pénétrer les systèmes protégeant les systèmes d’information ennemis, afin de détruire, déformer et perturber les opérations normales des systèmes militaires, gouvernementaux et d’infrastructure critique. La guerre militaire moderne centrée sur le réseau exige que l’information soit fiable, précise et complète, avec la capacité de fournir cette information au combattant au moment opportun. Perturber et nier ce flux d’information aiderait à compenser l’énorme avantage dont jouissent les forces occidentales.

La Russie utilise depuis longtemps l’information comme une arme, à la fois pour mobiliser sa propre population et pour diaboliser les puissances étrangères. La doctrine stratégique russe inclut dans son champ d’influence sur la scène nationale et internationale une guerre de l’information dans un panel global d’actions et de stratégie destinées à contrer l’adversaire et s’inscrit dans une matrice globale et une lecture particulière du monde propre à la Fédération de Russie

Dans les milieux gouvernementaux et universitaires russes, l’information est considérée comme une forme et une source de grande puissance. Bien avant l’avènement de l’Internet et du cyberespace, la stratégie russe en termes de guerre informationnelle n’a pas changé, mais seulement sa tactique, en s’adaptant aux évolutions technologiques.

En Occident, la cybersécurité et la sécurité de l’information sont considérées comme deux choses différentes. En Russie, cependant, le cyber est subordonné à la sécurité de l’information, ce qui permet aux planificateurs de la sécurité nationale de superviser à la fois les données techniques comme par exemple l’intégrité des mots de passe et cognitives par exemple, informations politiques sur les sites Web. La perspective russe est de définir et de protéger les frontières de ‘espace d’information russe.

Il est donc naturel que la Russie ait utilisé la guerre de l’informationnelle en Ukraine, en Syrie, Géorgie, pour les élections présidentielles, americaine et française. La Russie avait œuvré pour la campagne de Trump, mais elle ne le fait pas uniquement dans le but de le placer dans le bureau ovale. Au contraire, ces efforts visent à produire un électorat divisé et un président sans mandat clair pour gouverner. L’objectif ultime est de diminuer et de ternir la démocratie américaine.

L’objectif de la Russie est de semer la méfiance dans le système de gouvernement américain n’est pas nouveau. C’est un objectif poursuivi par Moscou depuis le début de la guerre froide. Sa stratégie n’est pas nouvelle non plus. Les mesures actives de l’ère soviétique appelaient à utiliser la « force de la politique » plutôt que la «politique de la force» pour éroder la démocratie américaine de l’intérieur. Ce qui est nouveau, ce sont les méthodes que la Russie utilise pour atteindre ces objectifs.

Le gouvernement russe utilise aujourd’hui les approches d’État à peuple et de peuple à peuple sur les médias sociaux et sur Internet, un engagement directement pour l’auditoire américaines, en prenant pour cible l’extrême-droite et la droite plus traditionnelle en particulier, mais également la gauche. Les campagnes de médias sociaux en Russie ont pour objectifs de renforcer la position de la Russie sur les démocraties occidentales en détruisant la confiance des citoyens dans la gouvernance démocratique, et exacerber les fractures politiques qui divisent. En somme, ces efforts d’influence affaiblissent les ennemis de la Russie sans recours à la force.

Les exemples comprennent des allégations de fraude, électorale et de corruption politique. Les dirigeants peuvent être spécifiquement ciblés, par exemple en faisant la promotion d’affirmations non fondées sur la santé d’Hillary Clinton, ou plus clairement en divulguant des courriels piratés.

La Russie possède une longueur d’avance sur ce domaine, il va falloir que les gouvernements s’organisent pour imposer une surveillance constante des réseaux médiatiques et sociaux, car l’enjeu est de taille. En semant de la méfiance et la suspicion au sein d’un système, les stratégies manipulatoires prennent aisément place au sein d’une démocratie “ Divide et impera“.