Guerre économique déguisée sur le marché américain

Guerre économique déguisée sur le marché américain

 

 

En Mars 2009, le constructeur automobile italien rachète son concurrent américain Chrysler dont il finalise le rachat à 100% en 2014. Septième constructeur mondial, Fiat peine à se maintenir sur le marché européen et à percer sur le marché américain, c’est après des négociations tendues que se fait l’acquisition de Chrysler qui permet donc à la marque italienne de s’implanter significativement sur le marché américain. En 2014, l’allemand Volkswagen se dit être intéressé par le rachat de Fiat-Chrysler Automobile(FCA) en ne cachant pas sa volonté de devenir numéro un mondial du secteur de l’automobile et de rivaliser avec les premières places détenues par l’américain General Motors et le japonais Toyota. Ce rachat aurait aussi permis à Volkswagen d’attaquer le marché américain mais la résistance est rude. C’est ensuite au tour du deuxième constructeur chinois de se positionner sur le rachat partiel ou total de FCA afin de gagner des places sur son marché domestique mais aussi, à son tour tenter d’arriver en force sur le marché d’outre-Atlantique. Cette montée en puissance de la concurrence étrangère menace l’industrie de l’automobile américaine qui est à son deuxième plan de sauvetage de la part de l’Etat fédéral américain.

 

Les virulentes défenses immunitaires du marché américain.

En 2010, la marque suédoise se fait racheter par le groupe chinois Geely, le constructeur chinois Dongfeng prends des parts(minoritaires) au capital de PSA qui rachète ensuite OPEL, Mitsubishi est racheté par Renault-Nissan, etc. C’est dans cette dynamique d’un mouvement de concentration qui touche l’industrie automobile qu’en 2014 Volkswagen tâche de se positionner afin de racheter FCA pour concurrencer et prendre des parts de marché à General Motors et Toyota sur le sol américain. C’est donc en 2015 que le scandale dit du Dieselgate intervient. Cette même année, alors que le marché des véhicules diesel américain est multiplié par dix, l’International Council on Clean Transportation(ICCT), une ONG américaine dans des conditions particulières comme l’a démontré une étude réalisée par l’Ecole de Guerre Economique, réalise des tests en conditions de conduite réelle sur douze véhicules diesel européens. Il est détecté des anomalies concernant les annonces du constructeur allemand sur les émissions de gaz. L’ICCT fait donc alerter la California Air Resources Board. Cette dernière pousse les tests qui rend compte d’une fraude à partir du logiciel de Volkswagen qui tronque les émissions réelles de gaz. L’agence américaine de protection de l’environnement prend donc acte de cette fraude et accuse Volkswagen d’être en infraction de la loi américaine dite du « Clear air act ». Ce qui concernerait plus de 11 millions de véhicules à travers le monde. Au-delà d’une image de la marque fortement détériorée, le groupe allemand s’est vu débourser 25 milliards de dollars entre les amendes, les accords avec les différents états et les remboursements aux utilisateurs trompés. Ces révélations ont donc eu de lourdes conséquences pour le groupe mais aussi pour le secteur automobile européen.

 

Un protectionnisme américain déguisé

En aout 2017, le deuxième constructeur automobile chinois General Wall Motors(GWM) annonce son intention d’ouvrir des négociations sur un rachat partiel ou total de FCA. GWM se dit très intéressé par la filiale Jeep de FCA car le marché du SUV représente environ 1,4 millions de véhicules par an, puis, au même titre que Volkswagen, GWM rachat permettrait aussi d’attaquer le marché américain. L’annonce d’une invitation à la négociation pour le rachat de FCA fait grimper les actions de ce dernier mais les négociations trainent. Suite à cette annonce, en septembre 2017, le constructeur se voit obligé de rappeler 443 000 véhicules pickups des Etats-Unis pour cause d’une avarie liée à une surchauffe d’une pompe hydraulique qui entrainerait des risques d’incendie. En octobre 2017, 646 394 SUV doivent être rappelés par FCA pour des problèmes détectés au niveau du freinage. Et enfin, toujours en octobre, quelques jours plus tard, FCA annonce devoir rappeler 470 000 véhicules pour des problèmes liés un composant qui gênerait le déploiement des appui-têtes actifs en cas d’accident.

Tout ceci étant à mettre en relation avec le fait que déjà en 2015, un accord avait été signé entre FCA et les autorités américaines, sous le nom du « consent order », qui ont obligé par la suite à racheter 578 000 véhicules « défectueux » mis sur le marché nord-américain.

L’avalanche de sanctions suite à l’annonce de la volonté négocier un rachat de FCA par GWM démontre clairement la volonté des autorités américaine de protéger leur marché intérieur et extérieur. Chaque attaque informationnelle a eu de lourdes conséquences sur les groupes visés les affaiblissant de fait, au-delà du sol américain, sur la scène internationale laissant par conséquent plus de places à l’industrie automobile américaine.

 

Joachim Heude