L’Allemagne ment-elle sur ses effets d’annonce en écologie ?

L’Allemagne ment-elle sur ses effets d’annonce en écologie ?

L’Allemagne est aujourd’hui très décriée au sujet de sa politique environnementale alors que suite au désastre de Fukushima en 2011, Angela Merkel décidait de diminuer de façon draconienne l’exploitation des centrales nucléaires allemandes et annonçait la poursuite du développement des énergies renouvelables pour des raisons écologiques.

Or, la production nationale de charbon, entre fin 2011 et fin 2013 continua à progresser et qu’à fin 2016, elle n’avait diminué que de 6,5%, et représentait encore 36% de la production totale de charbon de l’Union Européenne (UE). La consommation de charbon ne diminua que de 3,9% entre fin 2011 et fin 2016.

Les émissions de CO2 par l’Allemagne représentaient fin 2011 20% du total des émissions de CO2 de l’UE, et fin 2016 22%, sachant que le volume d’émissions à fin 2011 était très légèrement inférieur à celui de fin 2016.

Les médias ont beaucoup communiqué au sujet de la part de l’électricité produite grâce aux énergies renouvelables en Allemagne. En effet, elle a dépassé les 30% dès 2015 et a atteint 35,1% au premier semestre 2017.

Ce chiffre est un leurre puisqu’il ne s’agit que de la production d’électricité. C’est la part de la consommation des énergies renouvelables dans la consommation totale d’énergie qui est significatif. Fin 2011, elle était de 11,4% et, fin 2015, de 14,6%; chiffre  inférieur à la moyenne de l’UE (16,7%) et bien éloigné de ceux attribués à l’Islande (70,2%), à la Norvège (69,4%) et à la Suède (53,9%).

 

Le double langage des autorités allemandes

À la vue de ces premiers chiffres, informations purement factuelles, les résultats de la politique environnementale de l’Allemagne ne sont pas positifs. Sous couvert d’écologie, ce sont les raisons économiques qui ont primé. Paradoxalement, le gouvernement allemand a utilisé le mouvement écologique pour mettre en place un système énergétique des plus pollueurs non seulement à cause des émissions de CO2, mais surtout celles de particules fines.

Fin 2016, l’Allemagne possédait 49% des réserves de charbon de l’Union Européenne et se plaçait au 3ème rang au niveau mondial ; de quoi faire réfléchir avant d’abandonner cette source d’énergie malgré ses effets néfastes sur l’environnement et la santé humaine.

La production d’énergie en Allemagne n’est pas suffisante face au taux de consommation élevé. Le taux d’importation nette à fin 2015 était 61,4% ; ce qui signifie que le montant d’importation d’énergie représentait 61,4% de la consommation totale. Ce chiffre est plus ou moins constant, voire en très légère hausse depuis 2011.

Si l’on examine de plus près les importations d’énergie fossile de l’Allemagne, nous pouvons constater que les importations de charbon ont connu une hausse de 11,3% entre 2011 et 2015 ; celles de pétrole de 20,2% alors que celles de gaz naturel ont baissé de 2,8%.

Lorsque l’on sait que le charbon et le pétrole sont les sources principales de pollution atmosphérique, la politique écologique d’Angela Merkel ne parait pas être en accord avec les décisions et discours de 2011. A noter aussi que l’électricité produite par le charbon est « considérée comme peu couteuse et très facile à produire ». Là encore, l’intérêt écologique est effacé au profit de l’économique.

 

Le prix de vente de l’électricité en Allemagne (20 est le plus élevé de l’UE, juste après le Danemark et ne reflète pas le coût de la production. En effet, il est de 0,295 EUR / KWh alors que la moyenne arithmétique de l’UE est de 0,180 avec un écart-type de 0,054. Le coût de la transition énergétique (« Energiewende ») en Allemagne est très élevé. Au lieu de privilégier la consommation d’énergie verte en créant des prix attractifs, l’Allemagne préfère appliquer des tarifs prohibitifs pour financer une reconversion énergétique qui semble se faire au ralenti.

 

Une baisse des subventions aux énergies renouvelables

112 milliards d’euros d’aides diverses ont été accordés par les instances de l’Union Européenne et les gouvernements européens au secteur de l’énergie fossile. « L’Union européenne consacrerait notamment 4 milliards d’euros par an en subventions directes aux énergies fossiles ». Lors du « One Planet Summit15 décembre 2017 », Nicolas Hulot a d’ailleurs déclaré qu’il fallait « mettre un terme à une forme d’hypocrisie … à soutenir les énergies fossiles sous forme d’exonérations et subventions ».

« L’Allemagne a ainsi réduit ses subventions aux mines de houille situées en Rhénanie du Nord-Westphalie, passant de 4,8 milliards d’euros en 1998 à 1,5 milliards en 2014. Ces subventions devraient être totalement supprimées d’ici 2018 » Les subventions pour les énergies renouvelables sont 4 fois moins élevées que celles octroyées aux énergies fossiles.

L’Allemagne a malgré tout drastiquement diminué le montant des subventions attribuées aux secteurs de l’énergie renouvelable. Elle a même stoppé tout aide au secteur photovoltaïque.

L’objectif premier de la diminution des subventions étaient donc davantage l’allègement du budget allemand que la recherche de la baisse de la production d’énergie fossile, source de pollution et de gaz à effet serre.

En revanche, bénéficiant d’un taux de chômage actuellement à son plus bas historique (5,6%), l’emploi n’est pas un paramètre déterminant dans le choix énergétique de l’Allemagne. Seulement 10 000 emplois seraient liés au secteur minier dans la Ruhr, une goutte d’eau comparée à la population active d’environ 42 millions de personnes.

 

Les particules fines (appelées PM2,5 car elles font moins de 2,5 micromètres de diamètre), sont responsables de plus de 428 000 morts prématurés dans 41 pays de l’Europe d’après l’Agence Européenne pour l’Environnement. De ce fait, l’Allemagne a 8 fois plus de dépenses de santé liées à la pollution des énergies fossiles que de dépenses de subventions. Lutter contre la pollution n’occasionnerait donc pas un coût mais une économie financière.

 

Isabelle Klein