Analyser le monde à 180 degrés

Analyser le monde à 180 degrés

 

Analyser les situations à 180 degrés et non pas en restreignant le champ de vision à une contrainte, est devenu un impératif majeur de l’analyse à vocation stratégique. La France souffre beaucoup des champs de vision restreint. Dans le domaine géostratégique, il existe dans les systèmes de production de connaissances travaillant pour l’Etat des responsables de structure qui estiment qu’il ne faut pas décortiquer les méthodes offensives de pays alliés dans le domaine des stratégies d’influence ou de la guerre de l’information. Cette auto-limitation est très pénalisante.

Une telle posture intellectuelle limite notre compréhension des rapports de force et nous place objectivement en situation potentielle de dépendance à l’égard d’une puissance alliée dont les manœuvres souterraines peuvent être contraires à nos intérêts de puissance. Le monde de l’entreprise souffre aussi du même mal. La polarisation sur le cœur de métier conduit parfois les décideurs de certaines entreprises à l’impasse lorsqu’ils sont confrontés à des affrontements de nature informationnelle qui sortent de leur champ de vision habituel. La société civile n’échappe à cette restriction du cadre de raisonnement. Il arrive que des ONG soient témoins de manipulations menées par des Etats, des groupes armés ou des réseaux criminels. Force est de constater que la majorité préfère se taire pour continuer à agir dans la zone en question. Cette omerta a des répercussions sur la portée de leurs remontées d’information et fausse en partie la lecture que leurs directions e font des événements. De nombreux travaux menés au sein de l’Ecole de Guerre Economique le démontrent régulièrement ce type d’incohérence dans les administrations, les entreprises et les acteurs très engagés de la société civile.

Afin d’aider les décideurs à s’extraire de cette logique qui consiste à fabriquer inconsciemment des angles morts, l’Ecole de Guerre Economique a décidé de lancer en 2018 un nouveau programme de formation que nous avons appelé SEGOR. Il vise à apprendre à analyser à 180 degrés le monde complexe et de plus en plus conflictuel dans lequel nous vivons. Cela nous conduit à adopter une autre mode de réflexion par rapport à la stratégie, le mode de gouvernance et la capacité de résilience.

Le monde du XXIè siècle ne garantit plus les mêmes libertés d’action commerciale qu’offrait le « village planétaire » après la chute du Mur de Berlin. Il existe aujourd’hui des différences importantes entre la Chine et les Etats-Unis dans leur approche de l’économie mondiale. La guerre commerciale est une problématique qui s’installe durablement depuis l’échec des négociations menées au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce.

Il n’est plus possible de penser le développement d’une entreprise à travers des seuls indicateurs du marché. La géopolitique fait son retour en force dans la conduite des affaires. Les politiques de puissance peuvent interférer avec les enjeux commerciaux et fausser durablement les lois du libre-échange. Ce changement de contexte influe sur la préparation à la prise de décision qui ne peut plus être limitée aux méthodes de management et de gestion financière.

Le programme SEGOR a été conçu pour répondre à ces changements de paradigme. Il s’appuie sur une approche innovante de la science politique et de la géoéconomie. Dans la mesure où l’adaptation des organisations à un monde multipolaire et conflictuel est une de nos priorités pédagogiques.

 

Christian Harbulot