Comment le laboratoire Servier s’est sorti de la crise informationnelle du Mediator

Comment le laboratoire Servier s’est sorti de la crise informationnelle du Mediator

 

 

Le nom de Médiator de ce médicament reste associé au scandale et à l’affaire d’Etat dont cet antidiabétique prescrit comme simple coupe–faim fut la cause. Bien que le scandale médiatique dure depuis novembre 2009, les conséquences de l’utilisation inappropriée de ce médicament se sont fait ressentir jusqu’au plus hautes des institutions de la République : la CNAM[i], l’IGAS[ii], l’AFSSAPS[iii], et bien évidemment le Ministère de la Santé. La Haute Administration a alors dû se faire aux concepts peu scientifiques du type, « victime », « tromperie aggravée », « escroquerie », « homicides et blessures involontaires ». Suite à ces événements, une réorganisation profonde des procédures de protection de la santé publique a été initiée, en addition de la liste PGR[iv], le Ministère de la Santé met en place une liste de médicaments sous surveillance renforcée, dans laquelle figurent les traitements pharmaceutiques nécessitant une attention particulière.

Bien qu’il ait été démontré que la responsabilité du laboratoire Servier était engagée. La procédure judiciaire suit son cours. Les aspects judiciaires sont fastidieux, nous passerons donc les détails des chambres d’instructions, cassations et autres appels. Jusqu’à présent, l’ONIAM[v] a été mandatée pour consolider les différents éléments d’information afin de procéder à l’indemnisation des patients ayant eu recours au Mediator.  Depuis 2009, plusieurs actions collectives ont été engagées contre l’Etat. Et en novembre 2016, le Conseil d’Etat a reconnu la responsabilité de l’Etat, quant aux répercussions sanitaires de la gestion, la prescription, et le contrôle du Mediator.

 

Un laboratoire dans la tourmente

Le laboratoire pharmaceutique, se retrouve bien vite dans une tempête médiatique. Connu pour être le numéro deux de l’industrie pharmaceutique française, Servier, est le fruit, la pleine propriété, le trésor d’un seul homme, un self-made man,  Jacques Servier. Outre les déboires médiatiques, judiciaires, et l’attention toute particulière des autorités de santé, le laboratoire se retrouve dans une situation délicate avec un chiffre d’affaire en baisse de 10% en France, malgré une progression globale de + 3%  tiré par les ventes à l’international, le laboratoire dispose en effet d’un portefeuille de produits vieillissant, près de 30% des produits sont commercialisés depuis plus de 25 ans, et cela dans un contexte de révolution médicale. En outre, en mars 2014, Servier perd sont emblématique dirigeant et fondateur, qui meurt à l’âge de 92 ans. Ce dernier avait d’ores et déjà minutieusement préparé sa succession à la tête de l’entreprise, ceci à travers la séparation du capital social, de la gestion opérationnelle et de la gouvernance du groupe, notamment à travers la Fondation FIRS, Servier SAS, et un groupe d’association. L’équipe de dirigeant préalablement sélectionnée du vivant de Jacques Servier, se met rapidement au travail, l’objectif est clair, se défaire d’une image désastreuse.

 

La renaissance par l’innovation

Pour le laboratoire, un seul mot d’ordre : tourner la page du Mediator, et se défaire d’une image négative avant le procès pour tromperie aggravée prévu au quatrième trimestre 2018. En effet, l’opinion publique n’est pas tendre. Coup sur coup, livre, pièce de théâtre, film, tous les moyens sont bons pour rappeler un médicament au synonyme de désastre sanitaire. En 2015 les dirigeants mettent en placent un programme nommé RiSe, pour Reinvent Servier, mais signifiant aussi en anglais : lever, naissance, hauteur.

Le plan de bataille est simple, construire une image collaborative loin des clichés de l’industrie pharmaceutique : les premières offres d’indemnisation sont alors effectuée. De plus, un cabinet de communication de crise, Majorelle, est recruté et une conférence de presse est organisée au siège social de Servier à Suresnes pour expliquer la procédure d’indemnisation des victimes du Mediator. Une page Internet a également été créée sur le site institutionnel de Servier rendant compte de l’état des indemnisations.

D’un point de vue économique le laboratoire accélère son développement, le groupe a besoin de renouveau et le fait savoir, de plus les résultats ne se font pas attendre, uniquement pour l’année 2015, 12 accords de partenariats ou d’acquisition sont alors signés, sur la période 2015 à février 2018, plus de trente accords du même type sont conclus.  Là encore, le spectre Mediator n’est jamais loin, l’objectif étant de créer une image d’excellence dans l’inconscient collectif. Outre l’investissement de 240 millions d’euro dans un centre de recherche ultra moderne en région parisienne, les noms les plus prestigieux sont depuis 2015 associés à Servier, tel que l’université d’Harvard ou encore des géants de l’industrie pharmaceutique. Le laboratoire entend se positionner comme un « disrupteur » et en particulier un laboratoire en pointe dans la lutte contre le cancer. Jusqu’alors commercialisant peu de traitement en oncologie, le groupe crée une division spécialisée, accélérant ainsi son expertise et sa présence. En moins d’une décennie, et au travers de plusieurs partenariats, Servier a construit un portefeuille de produits innovants et un réseau économique solide et varié.

 

Rémission totale du cancer, un challenge à la hauteur de Servier

Dès 2014, Servier s’associe avec l’entreprise de biotechnologie française Cellectis dans le domaine de la thérapie cellulaire. Tel que le rapporte la très sérieuse revue scientifique Nature, une approche cellulaire pour le moins innovante permettrait la rémission totale du cancer, et plus particulièrement de certaines formes de leucémies aigue. Cette technologie appelée CAR- T Cell codéveloppée par Cellectis, Servier, et le numéro un mondial du médicament l’américain Pfizer, a montré ces preuve obtenant ainsi le salut des autorités de santé tel que la FDA[vi] ou encore les sociétés savantes, comme la très influente ASCO[vii]. Ces technologies cellulaire, ou Servier a su se positionner, conduise actuellement à une guérilla d’acquisitions, Gilead rachetant Kite Pharma pour 11.9 milliard de dollars, ou encore Celgene payant 9 milliards de dollars pour l’acquisition de Juno Therapeutics.

Incontestablement précoce dans l’innovation Servier a su, inverser la tendance, et convertir les menaces en opportunités, ainsi que les faiblesses en forces. Bien qu’un pan du procès Mediator devrait s’achever en 2018, un autre volet pour « homicide et blessures involontaires » devrait prendre la suite.

 

Ahmed Graouch

[i] Caisse Nationale d’Assurance Maladie

[ii] Inspection générale des affaires sociales

[iii] Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé

[iv] Programme de Gestion des risques

[v] Office national d’indemnisation des accidents médicaux

[vi] Food and Drug Administration

[vii] American Society of Clinical Oncology