Le divertissement comme vecteur d’influence et de puissance des États-Unis

Le divertissement comme vecteur d’influence et de puissance des États-Unis

 

La préservation des acquis culturels est un enjeu majeur . Depuis la naissance des civilisations, des empires ont cherché à imposer leur modèle culturel en  en conquérant des territoires ou en les occupant durant des périodes plus ou moins longues.  Les modes de domination ont été très variables selon les politiques suivies par les empires. Rares ont été ceux qui ont cherché à formater le mode de pensée des peuples soumis à leur autorité. Au cours du XXè siècle,  les Etats-Unis d’Amérique ont développé un modèle d’influence culturelle d’une amplitude jamais atteinte auparavant. Forgé dans un premier temps pour contrebalancer la puissance de pénétration de la pensée communiste dans le monde occidental, le modèle d’influence américain s’est développé progressivement dans tous les secteurs de la vie culturelle (littérature, musique, peinture, édition, cinéma, radio). La société de l’information a amplifié sa caisse de résonance par l’essor de la télévision et de l’industrie cinématographique qui profita de ce nouveau levier pour diversifier et exporter ses produits à travers le monde.

Hollywood est devenu un instrument essentiel de ce processus de construction du ressenti culturel.  Au fil des décennies, les mécanismes psychologiques des longs métrages relayés par la suite par celui des séries ont habitué les populations cibles à intégrer des schémas de représentation d’un certain type de modèle de société démocratique. Internet, la tablette numérique et le smartphone ont modifié le rapport à la lecture et à l’assimilation des connaissances. Les jeunes lisent de moins en moins de livres. Les populations adultes décrochent aussi dans leur manière de gérer leur temps libre et négligent de plus en plus le rapport à la culture écrite.

« Au commencement était le Verbe »[1], c’est sur l’importance de cette phrase et du savoir que furent construites les bases de notre culture judéochrétienne.  L’importance du Verbe et de la connaissance, est également essentielle dans la culture musulmane, allant des côtes de l’Atlantique jusqu’à la vallée de l’Indus. Le premier verset révélé, et la première phrase de la Coran est « Lis au nom de ton Seigneur ». La connaissance est essentielle dans la diffusion des valeurs humaniste, et la cohésion sociale.  L’éducation, l’instruction et l’érudition sont alors réservés à l’élite. Cependant un mouvement littéraire, philosophique et culturel née aux alentours de 1715 avec une vocation universaliste du savoir. De nombreux philosophes français ont contribué à cette mouvance tels que, Montesquieu, Voltaire, Diderot, Monge, Condorcet. L’idéologie de cette pensée est le partage et l’accès aux connaissances comme facteur d’élévation sociale. Ce mouvement et la temporalité intellectuelle de celui-ci est plus communément appelé le siècle des lumières (1715-1789), formant alors la base de nos valeurs contemporaines.

Aujourd’hui, nous assistons à une remise en cause des fondements de cette culture. L’évolution actuelle fortement inquiétante des productions hollywoodiennes, la pauvreté de leur contenu, l’accent mis sur une certaine forme de vulgarité, la tentation de filmer pour être vu par les « geeks » c’est-à-dire en zappant le fil d’une histoire, sont autant d’alertes sur les conséquences d’une telle mutation réductrice de la valeur culturelle initiale de notre propre modèle.

La démagogie du divertissement est désormais un acte de propagande au premier degré, qui ne se cache plus. D’aucuns considèrent que les Etats-Unis en ont fait une arme de destruction massive des esprits pour mieux asseoir leur domination cognitive sur les peuples qui dépendent de leur puissance.

 

Ahmed Graouch

 

Lire les deux PDF :

Lafragilisationdenotreculture

Cinema_et_Propagande_aux_Etats_Unis

 

[1]Jean Zumstein, L’Evangile selon saint Jean (1-12) deuxième série,  Paris, Labor et Fides, Commentaire du Nouveau Testament, avril 2014.