L’extension de l’espionnage chinois au monde occidental des affaires

L’extension de l’espionnage chinois au monde occidental des affaires

 

 

La Chine recourt à des pratiques de collecte offensive de l’information qui dépassent largement le cadre du ciblage des industries dites stratégiques du complexe militaro-industriel ou des secteurs-clés de l’énergie ou des nouvelles technologies. Les officines chinoises de renseignement n’hésitent pas à utiliser des sites internet de recherche d’emploi pour manipuler des personnes intéressées par des offres « banalisées ». Ces pratiques sont notamment testées sur le marché nord-américain. Un ancien étudiant de l’Ecole de Guerre Economique qui travaille désormais dans un Institut de recherche géopolitique américain nous a alerté sur un cas qui relate ce mode opératoire.  Il souligne le le risque de répondre à des offres d’emploi non sollicitées ou de répondre à des publicités en ligne provenant de « cabinets de RH », et de « cabinets-conseils » ou d’autres entités ciblant potentiellement des citoyens américains ayant un intérêt dans les affaires internationales.

Dans une affaire récente, une firme basée à Singapour utilisait le nom d’une firme de consultants d’affaires reconnue domiciliée aux États-Unis sous prétexte de chercher un « Research Writer » aux États-Unis pour « ….effectuer des recherches efficaces sur les questions d’économie politique régionale… » dans lesquelles le candidat retenu devait « …résumer, analyser et synthétiser l’information pertinente « . Faire des rapports périodiques ou instantanés en utilisant des informations disponibles à l’interne ou à l’externe. La description de travail prévoyait également que le « Research Writer » couvrirait les audiences du Congrès, les mémoires ouverts du Sénat sur les relations étrangères et les audiences publiques du ministère du Commerce, en commission ou à temps partiel. L’annonce du poste a été affichée sur Indeed.com, site de recrutement très utilisé aux Etats-Unis. Après enquête, la société singapourienne n’avait aucun lien réel avec la société américaine du même nom, mais avait des liens avec la République populaire de Chine. L’entreprise a été signalée au FBI par l’Institut en question.

Une autre affaire impliquant un agent de la CIA a révélé la méthode utilisée par les services chinois pour tenter de recruter des sources en passant par de faux cabinets de recrutement et en procédant à l’approche des cibles potentielles par le biais du réseau social LinkedIn. Justin Rohrlich du site Dealy Best[1] précise à ce propos que l’ancien agent de la CIA , Kevin Mallory, a subi une approche des services chinois par le biais d’un faux cabinet de recrutement qui prétendait être affilié à l’Académie des sciences sociales de Shanghai (SASS). Cette académie est soupçonnée par le contre espionnage américain d’entretenir des relations étroites avec le Bureau de la sécurité de l’État de Shanghai (SSSB), qui est une sous-composante du ministère de la Sécurité de l’État. D’après les experts du contre espionnage du FBI, le bureau de sécurité de Shanghai utilise les employés du SASS comme intermédiaires pour établir un dialogue avec des interlocuteurs étrangers qui seront dans un deuxième temps en charge par des  agents du renseignement du SSSB sous couverture. Il existe d’autres think tanks qui sont soupçonnés de soutenir indirectement l’activité des services de renseignement chinois. Selon le site Dealy Best, l’Institut chinois des relations internationales contemporaines est également un organisme qui est en lien avec le Ministère de la Sécurité d’Etat de la Chine communiste.

Cette situation, pour le moins tendue, incite certaines structures françaises à se tourner vers l’expertise américaine pour sécuriser l’action des entreprises françaises en Chine. C’est en tout cas ce que semble indiquer cette publicité mise en ligne sur le site de la chambre de commerce française de Hong Kong. Elle invite les Français du monde des affaires de Hong Kong à avoir recours aux compétences d’un ancien des services américains. Ce type de comportement démontre une fois de plus le déficit de notre système de renseignement économique et aussi la méconnaissance des sources françaises privées du monde de l’intelligence économique ainsi que des sources locales qui pourraient jouer un rôle essentiel dans ce type de démarche.

 

Christian Harbulot

 

[1] Selon Courrier International, ce site d’information, créé en 2008 par Tina Brown, ancienne rédactrice en chef de Vanity Fair et du New Yorker, publie uniquement des opinions ou des analyses de nature polémique.