La stratégie américaine pour limiter l’industrie technologique chinoise

La stratégie américaine pour limiter l’industrie technologique chinoise

 

 

La Chine au travers de ses industries est très présente sur le secteur américain des télécommunications. Elle a investi le marché notamment en rachetant des acteurs historiques ou en nouant des partenariats. TCL, 4e constructeur en Amérique du Nord, fabrique et distribue les téléphones de la marque canadienne BlackBerry. On peut également évoquer le cas de Lenovo, qui a racheté la branche pc d’IBM en 2015 après avoir acquis Motorola en 2014. Le rachat de Motorola par Lenovo est d’autant plus symbolique que Motorola est un pionnier de la téléphonie sans fil. Huawei et ZTE cristallisent les tensions sur ce secteur. En effet, Huawei est créé en 1987 par Ren Zhengfei, l’entreprise devient un des leaders du secteur en 2011, proposant des infrastructures réseau et informatiques, mais également des smartphones et des pc à des prix très compétitifs. Aujourd’hui, Huawei est le 3e constructeur mondial derrière Apple et Samsung en détenant 10,2 % du marché mondial. Mais il n’est pas le seul constructeur chinois présent, Xiaomi, Oppo ou One plus sont eux aussi bien implantés, mais il ne bénéficie pas de la même attention de la part des autorités américaines. Pour comprendre la relation tumultueuse entre Huawei, ZTE et l’administration américaine, il convient de préciser plusieurs points. Huawei est un des leaders dans les structures réseaux de télécommunications (3 G, 4 G), mais dans le cadre du programme « made in china » 2025 (développé plus loin), le géant chinois développe des data centers, des solutions d’intelligence artificielle. Par conséquent, il investit à hauteur de 13 % de ses investissements totaux aux États-Unis. Son appétit semble insatiable, et c’est bien ce qui inquiète les États-Unis, qui voient son hégémonie (IBM, Intel, AMD, Qualcomm) mise à mal.

La problématique de la dépendance

Le programme made in China 2025 a été lancé par les autorités chinoises en 2015. Il démontre la volonté, mais aussi la capacité des industries technologiques de se développer non plus en utilisant les politiques de court-circuit et de copie, mais en accumulant des savoir-faire et en déposant des brevets. Dans le secteur des télécommunications, les industries chinoises distribuent des produits de très bonnes factures, et qui rivalisent avec leurs concurrents occidentaux (le Find x de chez Oppo ou le p20 pro de chez Huawei en est une illustration). Ce programme est dans le viseur du département américain du commerce, car beaucoup de produits technologiques chinois comportent des puces, et autres éléments technologiques américains. Or c’est bien la question du leadership qui est posée dans une politique que l’on pourrait qualifier de duale. En effet, les autorités américaines en interdisant aux entreprises américaines de vendre leurs technologies à ZTE (notamment pour prendre la tête de la course aux prochaines fréquences mobiles), fragilise la compétitivité de ses entreprises. De plus, cela permet aux acteurs chinois de réduire sa dépendance aux produits technologiques américains. Huawei, a développé une filiale Hisilicon qui produit des puces « les Kirin » équipant les smartphones de chez Huawei et Honor, venant donc concurrencer directement les Snapdragon de chez Qualcomm.

La contre-offensive américaine

Le Sénat américain a décidé de frapper plus fort, en considérant les deux industries leaders du secteur télécom chinois ZTE et Huawei comme une réelle menace pour la sécurité nationale. On déplace le conflit économique sur le terrain géopolitique. En effet, les autorités américaines soupçonnent ces deux entreprises de pratiquer l’espionnage au travers de leurs produits. De ce fait, les administrations américaines et leurs sous-traitants, collaborateurs ne pourront plus utiliser les produits et solutions réseaux de ces deux firmes. Précisément, seuls les composants qui permettent de router ou afficher des données sont juridiquement interdits, de plus la loi n’est pas encore rentrée en vigueur. Ainsi cela engendrera des coûts importants pour les entreprises qui seront dans l’obligation de changer de matériels. Trump a négocié avec le département du commerce pour la suppression des interdictions commerciales envers ZTE. Les États-Unis ne peuvent se couper entièrement de la Chine notamment si elle veut la maintenir dans une forme de dépendance face à ses produits technologiques. Huawei a donc communiqué sur ce projet de loi en évoquant des pratiques de désinformations et anticoncurrentiels de la part de son homologue américain. La firme a donc redéfini sa stratégie, elle s’éloigne du marché américain (son dernier modèle le P20 n’est pas distribué aux États-Unis) afin de se concentrer sur l’Europe. Le vieux continent demeure son marché le plus lucratif après la Chine. L’enjeu pour l’Europe serait de commercer avec une telle entreprise, en protégeant son patrimoine immatériel industriel, mais elle ne peut pas user du protectionnisme comme les États-Unis, car elle n’a pas la même force industrielle technologique.

 

Alexis Hans

 

Sources

Dussueil jeanne, « Challengé sur les smartphones, Huawei continue d’investir sur les services B2B de demain », publié le 03/04/17, FrenchWeb.
Feugey David, « BlackBerry confie ses smartphones à TCL », publié le 16/12/16, Silicon.com.
Innocentia Agbe, « Huawei détrône Apple et devient le deuxième plus grand vendeur de smartphones », publié le 30/08/18, FrencWeb.
  Kastrenakes Jacob, « Trump signs bill banning government use of Huawei and ZTE tech », publié le 13/08/18, The Verge.
Lagane Christophe, « Os mobiles : Android décline aux États-Unis », publié le 16/06/18, Sillicon.com.
« Huawei, Le Géant chinois des Télécommunications se retire du Marché américain », publié le 21/04/18, Forbe.
« Smartphones : Apple dépasse Samsung et devient numéro 1 dans le monde », publié le 02/02/18, Challenges.
RFI, « États-Unis/Chine : la guerre commerciale a commencé », publié le 06/07/18, RFI.
Chine-Etats-unis : toujours plus loin dans la guerre commerciale », publié le 24/09/18, Le Figaro économique.