Main basse du Crédit Agricole sur la profession des experts comptables : info ou intox ?

Main basse du Crédit Agricole sur la profession des experts comptables : info ou intox ?

 

Les présidents de La Fédération Nationale du Crédit Agricole, Dominique Lefebvre, et du Conseil Supérieur de l’Ordre des Experts Comptables, Charles-René Tandé ont signé le 29 août 2018 une convention de partenariat. L’objet de cette convention est de faciliter l’accès des Très Petites Entreprises et les Petites et Moyennes Entreprises au crédit via une plate-forme en ligne dédiée. Cette signature a été interprétée comme une tentative du Crédit Agricole faire une main basse sur la profession des experts comptables afin d’avoir un accès privilégié à leurs clients et aussi à certaines des informations.

 

Quels sont les avantages réels peut tirer le Crédit agricole de ce partenariat ?

Pour mieux répondre à cette question, il est important de rappeler le rôle de l’expert-comptable auprès des entreprises. En effet, L’expert-comptable accompagne au quotidien les chefs d’entreprise dans de nombreux domaines. De la gestion à la recherche de financement, en passant par le social ou encore le système d’information… Il joue un rôle clé auprès de l’entreprise, en conseillant le dirigeant sur des sujets stratégiques tels que l’investissement, l’innovation, l’exportation, le recrutement… Le savoir-faire des experts-comptables est multiple et synonyme de véritable valeur ajoutée pour l’entreprise. De ce fait, les experts comptables affiliés au conseil supérieur de l’ordre orienteront prioritairement leurs clients vers le crédit agricole pour leurs différents besoins financiers.

Un expert-comptable détient de par la loi une prérogative exclusive d’exercice consistant en différentes missions, à savoir réviser, apprécier mais aussi tenir, centraliser, ouvrir, arrêter, surveiller, redresser ou consolider les comptabilités des entreprises et organismes auxquels il n’est pas lié par un contrat de travail. Il est également habilité à attester la régularité et la sincérité des comptes de résultats. Autrement dit, si une entreprise ne fait pas sa comptabilité en interne et souhaite la confier à une personne extérieure, cette personne doit être expert-comptable et donc être inscrite au Tableau de l’Ordre.

Cette prérogative garantit aux entreprises, à leurs partenaires financiers, à leurs salariés et aux pouvoirs publics, compte tenu de la réglementation qui encadre l’activité des experts-comptables (normes, déontologie, discipline, assurance obligatoire…), des travaux de qualité en matière de comptabilité et de fiscalité. De ce fait, pourrait-on assister à un conflit d’intérêt compte tenu de ce partenariat entre l’ordre national des experts et le crédit agricole ? C’est le sens des interprétations qui ont suivi la signature de cette convention qui pourra avantager le Crédit agricole vis-à-vis de la concurrence

 

Quid de la neutralité des experts-comptables concernés ?

Il va de soi que ce partenariat peut amener à se poser des questions sur la neutralité des experts-comptables s’ils ont un intérêt à conseiller à leurs clients une banque compte tenu de la convention signée. Toutefois, l’entreprise n’est pas obligée de travailler avec la banque qui lui a été conseillée par l’expert-comptable. De ce fait, l’avantage concurrentiel lié à ce partenariat est négligeable et prétendre que le Crédit Agricole veut faire une main basse sur la profession des experts comptables pour un avantage concurrentiel serait plus de l’intox. Les autres institutions peuvent avoir également accès aux différentes informations à travers la banque de France ou leurs clients.

 

Floris Endjito

 

Autre source :

Emission RADIO SUD « Seul contre Tous » sur « Main Basse du Crédit Agricole sur la Profession des Experts Comptables ».