Les stratégies d’influence sur l’expérimentation animale

Les stratégies d’influence sur l’expérimentation animale

 

 

 

L’expérimentation animale consiste à utiliser des animaux comme substitut ou « modèle », pour mieux comprendre la physiologie d’un organisme et ses réponses à divers facteurs (alimentation, environnement, agents pathogènes) ou substances (pour en tester, vérifier ou évaluer l’efficacité, l’innocuité ou la toxicité), et tout particulièrement pour tenter de prévoir les réponses de la physiologie humaine. Cette pratique, critiquée par les associations de défense du droit animal, se heurte à des principes éthiques et de société. Les acteurs impliqués dans ce débat sont bien sûr les grands acteurs industriels de la cosmétique en France comme Chanel, LVMH, L’Oréal, Pierre Fabre, mais aussi les associations de ces secteurs comme la FEBEA, la Fédération des Entreprises de la Beauté, qui défend les intérêts du secteur cosmétique en France. La présidence de la FEBEA est membre de la fédération européenne de l’industrie cosmétique, Cosmetics Europe. Nous pouvons ajouter les associations de défense du droit animal comme la SPA en France ou People for the Ethical Treatment of Animals, PETA, au niveau international qui diffuse chaque année la liste des marques dites cruetly-free c’est-à-dire sans expérimentation animale. Nous trouvons aussi comme acteur les institutions de l’Union Européenne responsables de l’élaboration des directives et règlements applicables aux États membres. En effet, une directive de l’Union Européenne réglemente depuis 2003 et interdit depuis 2010 tous les tests sur animaux pour l’industrie cosmétique dont la retranscription en droit français est réalisée en 2013. Concrètement, l’Europe interdit la mise sur le marché de tout nouveau produit cosmétique – importé ou non – expérimenté sur des animaux.

 

L’enjeu de la norme

Le développement des produits non testés sur les animaux est devenu un argument commercial pour les industriels. En réalité, la réglementation est née des entreprises du secteur cosmétique. En effet, d’abord en France, l’une des missions de la FEBEA est de tenir les pouvoirs publics informés du secteur afin que les intérêts de celui-ci soient pris en compte lors de l’élaboration des lois et des réglementations. Les adhérents de la FEBEA représentent 95% du chiffre d’affaires du secteur de la beauté en France. La FEBEA fut présidée de 1998 à 2014 par Alain Grangé Cabane, dont le but était de défendre la place de la France en tant que leader mondial de l’industrie cosmétique. Du côté européen, Cosmetics Europe participe à hauteur de 50% du financement du projet Seurat-1 (2011-2015), pour trouver des procédés de substitution à ces expérimentations. Les entreprises françaises sont déjà très en avance sur l’abandon des tests sur animaux. Citons par exemple L’Oréal, qui a arrêté les expérimentations animales en 1989. Ce projet de Cosmetics Europe permet aux industriels de conserver leur avance. L’influence de l’Europe sur l’abandon de ces procédés, notamment en fermant son marché, est suivie par des pays comme l’Inde qui a arrêté les expérimentations animales depuis 2013.

 

L’exception chinoise

Cependant, la Chine reste adepte de ces expérimentations par ses autorités, ce qui amène quelques attaques de la PETA envers les industries cosmétiques en critiquant le choix de la commercialisation en Chine. Néanmoins, cela n’empêche pas la PETA de conserver certaines marques du géant comme NYX ou Urban Decay dans sa liste de produits cruelty-free et de féliciter discrètement L’Oréal pour son engagement auprès des autorités et des scientifiques chinois pour faire connaitre les méthodes alternatives comme la reconstruction d’épiderme humain. La stratégie d’influence utilisée par les industriels français et européens leur permet de faire évoluer la réglementation à travers le monde à leur avantage. Cette démarche d’association des fédérations professionnelles et du droit communautaire européen permet à la France de sortir pour le moment victorieuse face à la concurrence et aux ONG. En effet, nous pouvons noter très peu d’attaques informationnelles envers les industries cosmétiques françaises. De plus, cette stratégie semble se perpétuer puisque nous pouvons noter que c’est Loïc Armand, anciennement président de L’Oréal France qui a pris la présidence de Cosmetics Europe en 2014 et son mandat a été renouvelé en 2018. Ainsi le leader mondial du secteur se prépare davantage à la conquête des marchés.

 

Gaëtan Clapasson