Les affrontements informationnels pour l’acquisition du gisement pétrolier du lac Albert au Congo

Les affrontements informationnels pour l’acquisition du gisement pétrolier du lac Albert au Congo

 

 

Située au cœur de l’Afrique équatoriale, la République Démocratique du Congo « RDC » possède une superficie de 2 345 410 KM2 avec une population de 81 339 988 Millions (2017). À cause de ces milliers d’indices miniers, le Congo est victime de son potentiel et n’arrête pas de subir des affrontements inter-ethniques et interrégionaux avec ses voisins comme l’Ouganda et le Rwanda. Ce conflit des grands lacs a généré plus 6 millions de morts,  4,49 millions de déplacés internes et plus de 680 000 ont fui vers des pays voisins tels que l’Ouganda et le Burundi.  La province riche et instable du Nord-Kivu, ne cesse de faire des ravages et des victimes en nombre. L’Ituri, la zone névralgique de la découverte de pétrole, est une zone en proie à des violences interethniques. En février 2018, durant trois jours plus de 22 000 Congolais ont traversé le lac Albert pour trouver refuge en Ouganda. En ajoutant à ces affrontements, Kampala et Kinshasa s’accusent mutuellement d’occupation et de positionnement sur le territoire revendiqué.

 

Le contexte géostratégique du Groupe Total sur le Lac Albert

Depuis l’exploration sismique par la compagnie pétrolière Oil of DR Congo, détenue par l’homme d’affaires Israélien Dan Gerther. La compagnie a révélé le 07 Août 2014, une découverte d’un gisement important de pétrole sur la partie congolaise du Lac Albert estimé à 3 milliards de barils de pétrole. D’après les analyses des ingénieurs de la société britannique Tesla et du Groupe Fleurette – Congo Mines, a estimé la production journalière à hauteur de 50 000 barils, soit le double de la production pétrolière actuelle de la RD Congo, qui tourne autour de 25 000 barils par jour, et ne représente que 1,7 % du PIB du pays. Les études réalisées ayant démontré que l’exploitation de ce potentiel du Lac Albert pourrait permettre au Congo d’augmenter son PIB d’environ 25 %.

L’Ouganda pays voisin qui partage le Lac Albert avec la RDC en a fait aussi une découverte, avant le Congo dans les années 2006 d’un énorme gisement de pétrole avec un potentiel estimé à 3 milliards de barils, partagés par 3 compagnies pétrolières à savoir :

  • La compagnie Tullow Oil (Royaume-Uni) 21,57 % des parts ;
    La compagnie Total (France) 33 % 1/3, dans les licences EA*-1, EA-2 ;
  • La China National Offshore Oil Corp (CNOOC, Chine) bloc EA3A.

 

Convaincu de ces choix d’éviter les investisseurs véreux et les aventuriers du monde pétrolier, les autorités Ougandaises ont décidé d’octroyer au géant total une licence d’exploitation sur les 25 ans avec une possibilité de renouvellement de cinq années supplémentaires. « Le début des échéances sera déterminé par la première production de pétrole attendue au cours de l’exercice financier 2 019 – 2 020 ». Le ministre du pétrole Madame, Irène Muloni a annoncé le 21 décembre 2018, le report de la production pétrolière pour 2022. « Ce report est dû à un retard pris par les partenaires Total, China National Offshore Oil Company (CNOOC) et la compagnie britannique Tullow dans la prise de décision finale d’investissement pour le développement des champs pétroliers des blocs Tilenga et Kingfisher…». Le 16 septembre 2017, la compagnie Tullow Oil a décidé de céder sa part au géant Total, dans la partie Ougandaise. L’une des raisons avancées pour ce choix stratégique, « le projet nécessite un coût assez important dans la réalisation des infrastructures portuaires » Source : J.A. Ce qui fait de total, l’actionnaire majoritaire dans l’exploitation de ces sites, composé de 4 permis (EA1, EA1A, EA2 et EA3A) avec 54,9 % des parts.

 

Les affrontements pour la conquête du bloc 3

En 2011, le groupe Total a réussi à décrocher pour une durée de cinq ans, l’autorisation d’explorer dans le bloc 3 (AEI n° 664) Graben Albertine avec ses partenaires. Il a reçu en 2017 une extension de ses droits qui prennent fin le 26 janvier 2019. Le bloc 3 se trouve à proximité du Parc des Virunga. « Virunga a été créé en 1925 et inscrit en 1979 au patrimoine mondial de l’UNESCO dans l’Est de la République Démocratique du Congo…». Ce parc est un obstacle majeur pour les compagnies qui ont eu des droits d’explorer à proximité du site protégé des Virunga. Les défenseurs de la nature et les ONG ont mis leur véto à l’exploitation du site qu’il qualifie « de risques de catastrophes naturelles ». Saisi de cette alerte, Total utilise le Soft-power pour ne pas entrer en confrontation avec les défenseurs de l’environnement comme ce fut le cas avec la société Britannique Soco International qui s’est pris à partie les ONG qui défendent ce parc naturel.

En évitant les erreurs de la compagnie Britannique Soco International en 2010, Total a pris l’initiative d’intégrer dans sa stratégie, les experts du savoir-faire du fonds mondial pour la nature (WWF) pour évaluer les risques environnementaux autour du site avant toute démarche d’investissement hasardeuse. Cette démarche a fait du groupe Total une compagnie assez sérieuse dans sa démarche, en tenant compte des alertes des experts de (WWF) dans sa stratégie d’acquisition du bloc 3 au Congo. Avec ses parts de 54,9 % en Ouganda et 66,66 % dans le bloc 3 en RDC, Total devient la compagnie la plus influente dans la conquête du Lac Albert. Mais Les 1 an de renouvellement arrive à terme le 26 janvier, qui donne une opportunité à ses concurrents de lancer des attaques informationnelles contre le groupe auprès de la société civile locale, les autorités et les ONG qui protègent le parc national des Virunga.

Les compagnies qui sont intéressées par la ruée de l’Est de la RDC sont :

  • Les Sud-Africains Efora Energy
  • Les Sud-Africains Dig oil
  • L’Américain Exxon
  • Le géant pétrolier Italien ENI
  • Le Britannique Soco International
  • Le Britannique Tullow Oil

Malgré la volonté de Total, les attaques se développent autour de son choix pour le bloc 3 estimé dans la zone des Virunga et son intérêt pour les blocs 1 et 2.

 

La prise de parole des ONG 

Pour l’ONG Britannique Global Witness, le tiers de la surface du bloc 3 est situé dans le parc des Virunga, et s’oppose à une idée d’extraction et d’un projet de déclassement de portions du parc, malgré la validation le 14 juillet de désaffectation des blocs 4 et 5 suite au « projet présenté le 28 mars 2018 par le ministre des hydrocarbures, Aimé Ngoni Mukena au gouvernement, » ; Pour les défenseurs des Bonobos, l’environnement naturel des animaux risque d’être menacé et encours un grand risque de disparition des espèces en ajoutant la pratique du braconnage ;

Le journal politico qui titre dans son numéro du 18 mars 2018, “Ituri : la violence, le pétrole, et le géant Français Total” le contenu de cet article était direct « A la lumière de cette licence octroyée au Français Total, beaucoup s’interrogent si ces tueries n’avaient pas pour objectif de dégager les populations civiles de cette zone… » ; Pour la classe politique congolaise dont certains membres de l’opposition contestant la candidature du président Joseph Kabila, accusent la France de bloquer la résolution de l’union européenne et  indiquent que la complaisance de la France face à la crise que traverse la RDC est due au fait que Kinshasa et Paris continuent à entretenir de bonnes relations économiques dont l’exploitation pétrolière par Total ;

L’ancien Premier ministre, chef du parti l’UDPS et doyen de l’opposition Étienne Tshisekedi décédé suite à une embolie pulmonaire le 01 février 2017  en Belgique avait déclaré avant sa mort “Tous ceux qui signent des contrats avec Joseph Kabila, lorsque les choses vont changer, qu’ils considèrent ces contrats comme nuls et de nul effet. Certains membres de la majorité présidentielle considèrent cette sortie comme la main cachée d’une compagnie pétrolière soutenue par une puissance étrangère qui souhaite une alternance politique au Congo pour ses intérêts ;

En ajoutant le plus influent mouvement LUCHA (Lutte pour le Changement) qui a reçu en 2016 le prestigieux prix ambassadeur de la conscience par Amnesty International. Un mouvement citoyen, qui a lancé une campagne d’intoxication et de désinformation contre la France sur le réseau Twitter “#BoycottFrance #RDC la France porte des gants & avalise la barbarie du très extrêmement médiocre Joseph Kabila!…https://t.co/IwTTjmLP5n—RDCFreedom (@Patriote Congolais)” qui a eu d’énormes impacts auprès des jeunes dans le pays, non négligeable pour la compagnie Total et le Quai d’Orsay.

L’ensemble de ces informations interposées, nous permet de croire que rien n’est acquis définitivement à ce stade, d’autant plus que tout sera joué à nouveau après les élections présidentielles reportées pour le 30 décembre en RDC, selon RFI. Et, Il peut y avoir des surprises dans la redistribution des cartes du Lac Albert.

 

Le rôle du politique

Les élections en République démocratique du Congo (RDC) sont l’un des éléments déterminants pour le peuple Congolais mais aussi pour les compagnies pétrolières qui se lancent à la ruée de L’Est. Depuis la révélation des Panama papers et des sanctions du département du Trésor américain en décembre 2017 suite à la “Global Magnitsky act”, l’homme d’affaires Israélien Dan Gerther, n’est plus le privilégié du président sortant du Congo (Joseph Kabila). Et, en vue de la validité du permis d’exploration qui prend éventuellement fin en janvier prochain, laisse une opportunité à d’autres compagnies comme le groupe total qui serait en pole position pour rafler les blocs 1 et 2 du Lac Albert au Congo. L’arrivée du nouveau président de la RDC peut modifier la distribution des cartes, d’où la mobilisation de chaque acteur pour mieux scruter le profil et la probabilité du candidat qui remportera les élections dites de l’alternance au Congo, et les profils des nouveaux et anciens élus locaux, pour enfin être mieux positionné vis-à-vis des futures autorités de Kinshasa.

 

 

Anselme Patrick Houlaguele