Venezuela, l’information au cœur de la problématique du pouvoir

Venezuela, l’information au cœur de la problématique du pouvoir

 

Suite au décès d’Hugo Chávez, son « héritier » Nicolàs Maduro est à la présidence du Venezuela depuis Avril 2013. Dans la droite ligne politique de son prédécesseur, il voulait continuer à contrer le pouvoir américain. Le principal atout de cette volonté d’indépendance et de contre-pouvoir, réside dans les réserves de gaz naturel et de pétrole. En effet le pays possèderait au moins 20% des réserves mondiales, le tout exploité par la société PDVSA qui est la propriété de l’Etat Vénézuélien.

Grâce à cette main mise, Hugo Chávez a pu, en 2005, s’affranchir et s’opposer fortement à la dépendance américaine. Parmi les mesures prises, il y a la demande de retrait des troupes actives américaines de son territoire, la dénonciation des contrats d’armement avec des sociétés américaines au profit d’entreprises Brésiliennes, Russes, Chinoises et Espagnoles[2]. Afin de poursuivre le développement du pays, un accord est passé avec la Chine en 2007. La Chine va prêter plus de 50 milliards de dollars en 10 ans au gouvernement Vénézuélien. Ces prêts sont remboursables en livraisons de pétrole, à ce jour la dette restante entre les deux pays se monterait à 20 milliards de dollars. Le 20 mai 2018, lors des élections présidentielles Nicolàs Maduro est réélu mais très vite l’opposition et une partie de la communauté internationale vont remettre en cause la légitimité de ce résultat.

 

L’instrumentalisation du résultat

La situation s’est gravement dégradée dans le pays depuis la mort d’Hugo Chávez pour deux raisons principales : la première est la baisse du cours du pétrole qui a fragilisé les revenus du pays et la politique d’aide sociale très forte ; la seconde raison est la montée de la corruption depuis l’élection de Nicolàs Maduro. Toute cette tension sociale et politique est une opportunité pour certains états, notamment les Etats-Unis, de mener une guerre informationnelle et diplomatique pour retrouver ses positions et gagner de nouvelles places. En effet, entre la nationalisation de l’exploitation pétrolière, la rupture commerciale et le positionnement politique très sociale, le Venezuela est devenu un « poil à gratter » sur la scène internationale, plus particulièrement pour les américains. En effet au cours des quinze dernières années le Venezuela s’est rapproché des états hostiles à l’impérialisme américain, comme Cuba, la Chine, la Russie, le Brésil ou Haïti.

Les dirigeants Vénézuélien ont incité les pays d’Amérique du Sud à prendre leur distance vis-à-vis de l’ingérence des Etats-Unis. Du fait de son poids sur l’échiquier mondial énergétique, le Venezuela a vraiment joué le rôle d’un contre-pouvoir américain en Amérique du Sud. Notamment à travers des programmes d’aides sociales et universitaires avec Cuba et les Caraïbes. La crise qui secoue le pays depuis quelques années et le séisme politique autour de la réélection de Maduro sont une véritable aubaine pour les Etats-Unis de renverser le pouvoir en place et d’instaurer une gouvernance plus libérale et capitaliste. Etant donné la situation politique, sociale et économique du pays, il n’est pas surprenant qu’il y est une telle prise de position internationale. Ce qui l’est plus, en revanche, c’est le parti pris des Etats-Unis porté par son président Donald Trump, en faveur de Juan Guaido.

 

Le choix Guaido

Lors de cette élection, seul deux candidats d’opposition ont eu le droit de se présenter face au président sortant Maduro, MM. Falcon et Bertucci.  Ces derniers n’ont pas manqué de critiquer cette élection, en ne reconnaissant pas ce « processus électoral ». Juan Guaido n’était pas candidat à cette élection. Il occupe le poste de président de l’assemblée nationale depuis le 5 janvier 2019. Il est député depuis le 5 janvier 2016 pour le parti Volonté Populaire. Même si ce parti fait partie de l’Internationale socialiste, il a un projet économique qualifié de libéral. De plus Juan Guaido, s’est positionné en faveur d’une relance de l’économie par le pétrole, notamment un accroissement de la production. Ce qui au vu de la situation ouvre la porte à un soutien extérieur étant donné le manque de main d’œuvre et les négociations auprès de l’OPEP pour une augmentation significative des quantités de pétrole mises sur le marché par l’entreprise PDVSA et le déséquilibre que cela pourrait occasionner sur le cours du baril. Les Etats-Unis ont « aidé » également certains alliés historiques du Venezuela à se positionner en faveur de Guaido, à l’image d’Haïti. Jovenel Moïse qui dirige le pays, a rompu son soutien au dirigeant Vénézuélien, sous pression américaine.

L’Etat des Caraïbes reste encore très dépendant du soutien et des aides d’ONG américaine. Il lui aurait été difficile de s’en passer en soutenant Maduro.  La société PDVSA fait elle aussi face à des représailles des Etats-Unis affaiblissant la position de Maduro encore un peu plus. En effet Washington a décidé de geler 7 milliards de dollars d’actif de la compagnie. Quand on connait l’importance de l’exploitation et du commerce pétrolier pour le Venezuela, cela revient à étrangler le pays. De l’autre côté les Etats-Unis organisent avec Guaido un soutien humanitaire avec l’envoi de denrées, de médicaments et de matériels. Ils œuvrent clairement pour un soutien massif de la population vers le président par interim. Sur le plan diplomatique, il y a aussi une pression qui a lieu, Mike Pence, vice-président américain, a appelé l’Union Européenne à reconnaitre la légitimité de Guaido. Cette prise de parole s’est faite lors de la conférence sur la sécurité qui se tient à Munich.

 

La faillite d’un pseudo régime socialiste

Chavez avait donné l’espoir d’une troisième voie avec son discours sur un modèle bolivarien. Il a échoué dans cette voie. A partir de 207/2008, le pays est devenu un exemple « réussi » de contrôle de la population par l’information. Dès la fin des années 90, le Venezuela avait été un laboratoire d’expérimentation de  guerre de l’information par le contenu. A L’époque, les forces d’opposition au pouvoir de Chavez avaient expérimenté un système très offensif de déstabilisation du régime par le biais des médias (presse écrite, chaînes privées de télévision, radios). L’échec du coup d’Etat contre Chavez en 2002 a changé la donne. Chavez et ses partisans ont brisé l’encerclement cognitif en sortant peu à peu du jeu médiatique les entités hostiles. Le régime a mené une politique très réussi de conte-encerclement en acquérant de la technologie étrangère pour émettre sur tout le territoire, tisser son propre réseau de médias locaux sous le contrôle de forces paramilitaires qui ont servi d’appui au régime. Parallèlement tout a été fait pour étouffer le système médiatique qui ne suivait pas la ligne politique définie par le parti de Chavez puis de Maduro. Une des techniques « invisibles » utilisées pour affaiblir la presse écrite a été de limiter les importations de papier.

Aujourd’hui, ce sont des forces à la fois politique et criminelles qui tiennent le pays. Les forces paramilitaire, présentées comme des milices patriotiques garantes de la souveraineté nationale, sont utilisées notamment pour sécuriser les zones d’accès à la Présidence. Cela leur permet d’exercer une pression sur les têtes du régime qui a dû faire éliminé physiquement le chef de ce système car il commençait à prendre trop d’influence. Elles sont au cœur d’un  système d’enlèvements de citoyens de plus en plus répandu qui s’est développé lors de la dernière décennie. La peur de l’enlèvement d’un proche est devenu un excellent moyen indirect de contrôle social. Cette politique de contre-encerclement est un modèle du genre. Son étude reste à faire car il y a de nombreux enseignements à en tirer. L’une des émissions phares de débat politique est animée par un des dirigeants du narcotrafic, proche du régime et très influent auprès des généraux (le Venezuela est la pays du monde qui compte le plus de généraux). Son symbole est une massue. La mise en scène du cadre de l’émission est un modèle du genre. Peu de régimes doués en matière de propagande ont su « mixer » la polémique souvent fondée sur de la dénonciation,  et le soutien d’un public heureux parsemé de militaires favorables au régime, qui danse devant les caméras au son d’un orchestre sud-américain. On est loin des techniques primaires du gouvernement de Jaruzelski  lors de la reprise en main de la Pologne socialiste par l’armée (les présentateurs du journal télévisé étaient en uniforme).

Cuba n’est pas souvent cité mais il suffit de se promener dans Caracas pour noter que les fresques de Chavez peintes sur les murs sont peu à peu remplacés par des portraits de Chavez ou de Maduro avec Castro. Les Cubains ont remplacé les conseillers militaires américains et des centaines de consultants cubais œuvrent au service du régime. Mais l’économie est au point mort, régresse et la pénurie devient u second élement de contrôle social indirect. Ce sont par exemple des médecins cubains qui parent au plus pressé dans les centres d’aide médiale souteus par les forces paramilitaires. Un autre élément est à noter et à suivre dans les mois à venir, si au début la crise vénézuélienne s’apparentait à un nouveau théâtre de guerre froide entre le monde capitaliste et communiste, à travers une nouvelle opposition entre les Etats-Unis et l’Europe occidentale d’une part et la Russie et la Chine de l’autre. Vladimir Poutine a pris des positions officielles fortes, suivi par Pékin dans la foulée. Sauf que le soutien chinois est à nuancer, si la position officielle de Pékin est toujours favorable à Maduro, en sous-main il y a eu une rencontre avec les représentants de Guaido. La position chinoise indique que la stratégie américaine porte ses fruits, et que Pékin a trop à perdre dans la déchéance de Maduro à la tête du Venezuela. Donald Trump a réussi un tour de force pour renforcer la position des Etats-Unis sur la scène politique mondiale, en mettant une pression sur ses alliés et a su prendre des positions stratégiques pour la future chute du régime « anticapitaliste » de Caracas en plaçant son candidat.à la tête du mouvement populaire.

 

Jean-Baptiste Petitcollin