Les axes de recherche actuels de l’Ecole de Guerre Economique

Les axes de recherche actuels de l’Ecole de Guerre Economique

 

L’analyse des affrontements économiques peut être considérée comme faisant partie des angles morts de la recherche universitaire. Autrement dit, la question des affrontements économiques entre puissances, les pratiques de concurrence déloyales, la déstabilisation informationnelle des parties prenantes, la consolidation des économies criminelles, sont des thèmes d’étude que le monde académique délaisse sous des prétextes divers.

L’économie est traitée par différentes sections du Conseil National de Universités :

  • La science économique se définit comme science qui étudie comment des ressources rares sont employées pour la satisfaction des besoins des hommes vivant en société. A ce titre, elle concentre ses thèmes de recherche sur les opérations essentielles de l’économie de marché (production, distribution, consommation des biens) ainsi qu’aux aux institutions et aux activités facilitant ces opérations.
  • L’économie industrielle étudie le fonctionnement des marchés et les comportements des entreprises sur ces marchés. Elle évalue la performance des marchés en termes d’efficacité et de bien-être collectif.
  • Les sciences de gestion permettent d’analyser et de comprendre le fonctionnement des organisations dans le but d’une recherche de performance.
  • La géographie économique est la localisation des activités associées à la production et à la consommation de biens et de services ainsi qu’aux échanges qu’elles génèrent.

Dans cette approche de l’économie, la question des rapports de force est abordée indirectement dans l’analyse concurrentielle. Mais cette dernière étudie surtout la manière dont les entreprises cherchent à identifier les facteurs clés de succès dans leur secteur d’activité et à élaborer une stratégie à partir d’un avantage concurrentiel clé.

 

Exemple de thèmes de recherche abordé au cours de l’année 2018 :

  • Le protectionnisme

Dix travaux ont été conduits avec la SIE 22 (formation initiale en intelligence économique de l’EGE) sur ce thème à partir d’un choix de dix zones géographiques (Etats-Unis, Chine, Russie, Corée du Sud, Australie, Québec, Singapour, Japon, France, Royaume Uni).  La première version de ces document a été publiée sur infoguerre. Voici l’approche suivie concernant les Etats-Unis. Pendant très longtemps, la question du protectionnisme américain est resté une chimère. Les grandes écoles de commerce ont fui ce débat. L’explication est hélas relativement simple. Les chercheurs craignaient des retombées négatives, en termes d’image dans la communauté internationale des sciences humaines, et plus particulièrement dans les structures qui s’occupaient d’analyse économique au sens large du terme. Le fait d’aborder ce sujet dans un article destiné à être publié dans une revue côté A les exposait à une forme de refus déguisé de la part de leurs confrères anglo-saxons. Le prétexte le plus souvent évoqué à ceux qui ont tenté d’aborder le sujet sur le sol américain, était que ce type d’argumentation relevait plus du fantasme que de l’argumentation scientifique telle qu’elle était conçue dans les milieux académiques nord-américains.

Il existe pourtant des repères visibles de cette démarche dans l’histoire économique du monde anglo-saxon comme le démontre l’ouvrage réalisé en 2017 sous la conduite de Christian Harbulot : le nationalisme économique américain. Le débat sur cette question délicate implique une approche historique qui prenne en compte la spécificité des intérêts de la puissance américaine depuis ses origines. Les Etats-Unis se sont créés en s’emparant des territoires des peuples indiens. En faisant ce rappel, il ne s’agit pas d’utiliser cette évidence historique pour ostraciser la mémoire des personnes de différentes origines qui ont émigré sur ce continent. La création des Etats-Unis s’est faîte à partir d’une démarche de colonisation intérieure. Dès le début du XIXè siècle, la nouvelle République américaine a cherché à se construire en opposition avec la dynamique de puissance des empires coloniaux européens. Cette rivalité n’a pas empêché les Etas du Sud à exporter leur coton vers les manufactures textiles britanniques. Dans le même temps, les Etats du Nord protégeaient la naissance de leur appareil industriel en limitant l’accès de leur marché intérieur aux industriels du vieux continent. La question du protectionnisme a divisé le monde américain. Il a été un des facteurs sous-jacents du déclenchement de la guerre de sécession. Les vainqueurs nordistes ont imposé une politique protectionniste qu’ils ont su habilement faire passer au second plan de leur image d’économie de marché ouverte sur le monde.

Au cours du XIXè jusqu’à la fin du XXè siècle, cette politique protectionniste a évolué par la suite en fonction des intérêts économiques de la puissance américaine. Lors des périodes d’expansion, le pouvoir politique américain a limité les mesures protectionnistes et il les a rétablit lors des phases de crise ou de récession. A partir des années 90, la puissance économique américaine subit la pression conjuguée du renouveau de l’économie asiatique et européenne. Cette nouvelle donne oblige les différents gouvernements des Etats-Unis d’Amérique à durcir leur dispositif de guerre économique (doctrine de sécurité économique sous les deux mandats de Bill Clinton, politique offensive au Moyen Orient en partie motivée par l’enjeu vital du pétrole, tentatives d’instauration de traités transpacifique t transatlantique pour contenir l’économie chinoise). La politique « America first » de Donald Trump est le révélateur de cette politique d’affrontement économique tous azimuts.

 

  • La gestion de l’information dans le monde immatériel

Les formations exécutives du type MSIE sont à l’origine de la publication de trois ouvrages chez VA editions :

« Israël, le sixième GAFAM ? »

« Les nouvelles frontière numériques ».

« Les guerres économiques pour l’Intelligence artificielle ».

  • La guerre de l’information par le contenu

La question des fakenews n’est que l’expression d’un phénomène beaucoup plus vaste, celui de la guerre de l’information. Sur ce nouveau champ de manœuvre, c’est l’attaquant qui l’emporte le plus souvent. Trois grandes puissances ont intégré ce principe à leur stratégie : la Russie pour déstabiliser le monde occidental sur différents dossiers, la Chine pour légitimer sa puissance à un niveau mondial, l’Amérique de Donald Trump pour forcer la main de ses propres alliés. La France a choisi de prendre sur ce terrain délicat une posture défensive. Piégé par l’héritage de ce type de pratiques au cours des guerres coloniales, le domaine de la guerre de l’information a été pendant plusieurs décennies un sujet tabou au sein même de l’armée française. Toutes les confrontations d’amplitude internationale depuis la fin de la guerre froide ont mis en évidence l’importance d’un usage offensif de l’information. Étrangement, les leçons n’ont pas été tirées. Les entités étatiques françaises, concernées par cette nouvelle forme d’expression des rapports de force, se sont focalisées sur la dimension technologique et informatique de ces enjeux. Ainsi a pris forme le corps de doctrine sur la cyber défense. La question de l’offensive s’est limitée à la notion de riposte. Que ce soit pour l’Europe ou pour la France, il est dangereux de subir systématiquement l’attaque de l’autre avant de répondre. C’est vrai sur le plan diplomatique et militaire mais cela se vérifie aussi sur le terrain économique, culturel et sociétal.

Cet axe de recherche concerne l’ensemble des formations de l’EGE. A titre d’exemple, la formation initiale RSIC 1 travaille actuellement sur la problématique de la suprématie informationnelle. Les travaux sur ce sujet sensible en sont pas tous publiés. Pour vérifier un certain nombre de pistes méthodologiques, l’EGE mène des exercices réels de guerre de l’information. Elle est la seule structure en Europe

 

Christian Harbulot