Le scandale de l’OxyContin : crises informationnelles à répétition dans l’industrie pharmaceutique nord-américaine

Le scandale de l’OxyContin : crises informationnelles à répétition dans l’industrie pharmaceutique nord-américaine

 

Aux Etats Unis, le scandale de l’OxyContin, une épidémie à l’addiction aux opioïdes, s’est développé à partir de 1990, faisant plus de 400 000 morts au total en 2017. Deux millions de personnes sont dépendantes, 650 000 prescriptions d’opioïdes sont faites quotidiennement, 90 morts par surdose chaque jour. La contagion a été orchestrée dans un premier temps par les autorités américaines, puis les laboratoires pharmaceutiques utilisant les médias, en déployant une stratégie commerciale et marketing programmée de grande envergure. Les médecins, les pharmaciens, les officines sur internet, les visiteurs médicaux et les cliniques antidouleurs ont participé à ce fléau. A l’origine, le véritable sujet de ce phénomène a été le traitement des douleurs sévères des patients en phase terminale de cancer et surtout le traitement des douleurs chroniques, moins aiguës mais durables tels que : maux de dos, rhumatismes, douleurs musculaires, migraines, fibromyalgies, arthrite, blessures sportives.

 

Une manipulation non dénoncée par cinq Présidents des Etats-Unis

Ainsi, en 1990 lors du mandat du président Georges H W. Bush, les autorités américaines annoncent une meilleure prise en compte des douleurs chroniques qui empêchent des milliers d’Américains de travailler, impactant fortement l’économie, représentant une perte 61 milliards de dollars par an. La loi américaine sur la santé et la gestion de la douleur chez les malades a permis à un laboratoire : Purdue Pharma de mettre sur le marché des médicaments à base d’opiacé. Les dessous de cette manipulation sont à une échelle incommensurable. Durant vingt-sept ans, cinq présidents américains démocrates ou républicains ont laissé faire : de Georges H.W. Bush à Donald Trump. Ce dernier a décidé, le 16 octobre 2017, l’état d’urgence national face à cette crise de santé publique. En 2007,  trois cadres de Purdue Pharma plaidèrent coupable et furent condamnés à 600 millions de dollars alors que le laboratoire à la même époque récoltait 35 milliards de  dollarsdes ventes de l’OxyContin. Puis de 2007 à 2017, ces dix années furent le théâtre de ventes records, à la suite du recrutement en masse de visiteurs médicaux? Ces derniers jouèrent le rôle d’évangélisateurs qui vantaient les mérites de l’OxyContin et recevaient des primes très significatives. En 2017, l’avocat Paul Hanly membre du cabinet Simmons Hanly Conroy, cabinet qui avait auparavant plaidé contre les firmes du tabac, porte plainte contre la famille Sackler, propriétaire du laboratoire pharmaceutique Purdue Pharma. Le cabinet d’avocats s’appuya sur des éléments précis de preuve, démontrant la responsabilité de la famille Sackler dans le déroulement de cette épidémie. Une note d’un scientifique de Purdue avait été envoyée à l’encadrement durant l’été 1990, indiquant qu’un produit contenant de l’oxycodone était en cours de création, concurrent du MS Contin à base de morphine, un opioïde qui avait été mis au point par des scientifiques allemands en 1916.

 

La responsabilité d’une grande famille américaine

Les Sackler , acteurs légitimes, influents et honorés parmi les chercheurs et les scientifiques, savaient que l’OxyContin allait provoquer des addictions chez les patients et des morts d’overdose, les patients devant sans cesse augmenter le dosage et les prises. « La famille philanthrope est devenue empoisonneuse » , créant une grave crise sanitaire sur tout le territoire américain. Rappelons à ce propos que la famille Sackler fait du mécénat dans de nombreux musées dans le monde, Londres, à Paris au Louvre, auprès d’université, le MET à New York finançant le Temple de Dendur, édifié en hommage, à Osiris, Dieu du Nil et qui est Installé à l’intérieur de l’aile Sackler.  Purdue Pharma est une société privée implantée à Stanford, au Connecticut, un des États les plus riches des États-Unis, bastion du parti démocrate. Il est considéré comme l’un des plus libéraux du pays. Ce laboratoire pharmaceutique a profité d’un changement radical de culture en matière du traitement de la douleur à partir du moment où les médecins ont commencé à prendre en compte les douleurs des patients américains. Cette modification dans les mentalités se traduit aussi dans les prescriptions. Les médecins en application des lois, suivaient un cours sur la « gestion de la douleur ».

 

Une propagande multidimensionnelle

La stratégie de Purdue Pharma était de fabriquer de l’oxycodone, peu coûteuse à produire. Les médecins prescrivaient des pilules de 10 milligrammes jusqu’à 80 et 160 mg, dans le but de garantir ses parts de marché sur le marché des opioïdes. Cette politique commerciale est à l’origine des addictions chez les patients dans tous les Etats américains et ce sur plusieurs générations. Barry Meier, reporter, écrit « en termes de puissance de feu narcotique, l’Oxycontin était une arme nucléaire. » Dès 1995, Purdue lança l’OxyContin, une pilule d’oxycodone pure, avec une formule à libération prolongée. Ce fut une campagne marketing de grande ampleur fut initiée à partir de multiples canaux. La firme organise des groupes de discussion avec des médecins, des séminaires, finance des universités, des centres de recherche contre les douleurs chroniques, des études, des spécialistes, des conférenciers.  Purdue Pharma a mis les moyens pour former les représentants des ventes aux officines et aux pharmacies. Le laboratoire a offert aux médecins des voyages , des cadeaux publicitaires et surtout des pilules d’OxyContin gratuites en grande quantité. Purdue a acheté des publicités dans les revues médicales, et sur toute forme de support médiatique : écrits, vidéos, internet, ainsi que des publicités à la télévision avec des patients qui témoignaient des bienfaits de l’OxyContin. L’analgésique y est présenté comme le médicament capable de de vaincre les douleurs et de mieux vivre. Les slogans parlent d’eux-mêmes :  « Don’t be afraid » ou « I got my life back ».

 

Les erreurs commises par l’administration américaine

De 1990 à 1999, la DEA, Drug Enforcement Administration, a concentré ses ressources principalement sur le marché noir illégal de drogue dans les zones urbaines. Ce n’est qu’en 2000, qu’elle a réattribué des ressources sur les activités illicites d’ordonnance des médicaments en milieu rurale et s’intéressa aux opioïdes.  En 1995, la FDA, Food and Drug Administration, a approuvé et validé l’OxyContin dans le traitement de la douleur modérée à sévère. Elle a approuvé dans une note que « l’OxyContin était plus sûr que les analgésiques concurrents, parce que le mécanisme breveté d’absorption retardée est censé réduire le risque d’abus. » Le Docteur Curtis Wright, supervisant cette certification sur le marché a été embauché deux ans après par Purdue Pharma. Une quarantaine d’employés de la DEA ont été débauchés par le laboratoire pharmaceutique. Tous les Etats sont concernés par l’épidémie, de nombreuses familles sur plusieurs générations, de la naissance à la mort. Des bébés contaminés par leur mère traitée aux antalgiques souffrent du syndrome d’abstinence néonatale, accro aux antidouleurs. En grandissant ils ont des retards de développement, des problèmes moteurs. Ils sont accros à vie. Trois générations de citoyens ordinaires sont devenues des toxicomanes.

 

Comment le lien de confiance patient-médecin a été brisé par ces pilules sur ordonnance

La réussite commerciale de l’OxyContin, a provoqué le développement d’un marché noir, des trafiquants, des laboratoires clandestins, des patients achetant ou revendant les doses antidouleurs, des médecins et pharmaciens véreux. Cette épidémie a fait la fortune de certains et à briser des familles entières. Durant vingt-sept ans, les patients américains sont devenus des accros aux analgésiques sur ordonnance à l’oxycodone, Fentanyl, Carfentanil, pour soigner leurs douleurs chroniques faisant confiance au corps médical. Le personnel des secours : pompiers, police, les urgences peuvent aussi être victime d’overdose en touchant à mains nues les patients contaminés et en pleine overdose. Les secours utilisent le seul « antidote » existant, le Narcan, vaporisateur nasal neutralisant les effets mortels d’une surdose d’opioïdes. C’est la compagnie Emergent Bio Solution qui fabrique cet « antidote » Des avocats tels que Paul Hanly, Paul Farell, des lanceurs d’alertes tel que le docteur Adreu Kolodny, ainsi que des associations, s’efforcent d’unir leurs actions dans des procès collectifs pour combattre cette catastrophe nationale. La crise n’est malheureusement pas finie  et elle risque de s’étendre à l’Europe notamment par le point d’entrée allemand, où les centres antidouleurs prônent une vie sans douleur. Les pays concernés par le vieillissement de la population sont particulièrement exposés à un tel risque. Le manque d’information et les communications qui émanent uniquement des laboratoires pharmaceutiques, rendent difficile la lutte contre ce phénomène. Un tel déséquilibre informationnel ne permet pas d’endiguer cette grave crise de santé publique.

 

Geneviève Touboul-Ergand