Gécamines contre ONG : état des lieux de la guerre informationnelle en RDC

Gécamines contre ONG : état des lieux de la guerre informationnelle en RDC

 

 

Poumon économique de la République démocratique du Congo, mais aussi descendante de l’Union Minière du Haut-Katanga (nationalisée en 1967), La Générale des Carrières et des Mines (Gecamines) s’occupe de la prospection minière et de la commercialisation des substances à l’état brut ou transformées. Dans un pays aux richesses minières convoitées  cette entreprise nationale s’est vue attaquée à plusieurs reprises par des ONG étrangères qui l’accusent de corruption interne.

 

Une guerre de l’information contre Gécamines

L’entreprise publique minière Gécamines a été dans la ligne de mire de plusieurs ONG dont le Carter center , fondation créé par l’ancien président américain Jimmy carter , qui pointe du doigt la corruption , le pillage des ressources , la non transparence des finances internes .. A partir de plusieurs rapports , l’ONG a pu démontrer le rôle centrale de Gécamines dans la privatisation et le contrôle d’accès aux gisements de cobalt , malgré la promulgation du Code Minier en mars 2018, censé libéraliser ce secteur d’activités.

Carter center , Global Witness mais aussi Enough project sont les ONG qui ont attaqué Gécamines suivant un mode opératoire de diplomatie publique et de campagnes de sensibilisation de l’opinion publique internationale à travers une pléthore de leviers d’influence :

  • Les stratégies de médiatisation : à travers les médias de masse ( presse internationale , rapports annuels , sites d’information influents) , mais aussi la communication par réseautage , les relations publiques et étroites collaborations avec des ONG au champs d’action différents et des agences gouvernementales, Interventions directes par des manifestations, vidéos sur les plateformes telle que youtube, prise de parole sur les réseaux sociaux, création de site web d’informations accessible ) et plateformes collaboratives comme MoabiRDC .
  • Les stratégies d’exagération : à travers l’hyperbole des chiffres, la dramatisation des faits réels sur le terrain afin de créer la polémique et la propagande traitant du sujet mais aussi la redondance des informations et l’usage de sources souvent non fiables
  • Les stratégies juridiques : en ayant recours aux attaques en justice afin d’attirer l’attention autorités locales. Des demandes sont faites aux gouvernements et des sanctions en découlent.

 

A la suite de la publication du rapport intitulé « Affaire d’État : Privatisation du secteur du cuivre en République Démocratique du Congo », la fondation Cartera a estimé que plus de 750 millions de dollars ont disparu de la compatibilité et des finances internes de la société publique. Global Witness a qualifié Gecamines de financeur « automatique » du régime Kabila”.

Plusieurs transactions floues ont été révélées par Global witness : transfert de plus de 800 millions d’euros de redevances de la Gécamines vers une société implantée dans les îles Caïmans , société offshore elle-même détenue par le richissime homme d’affaire israélien  Dan Gertler .

Toujours selon Global Witness, le géant congolais Gécamines serait le principal coupable de la disparition de sommes d’argent colossales : plus de 570 millions de dollars que des entreprises minières privées implantées sur le territoire ont déclaré avoir verser à Gecamines et qui n’ont pas perçues par le Trésor public congolais. La traçabilité de l’argent est presque impossible car les ONG ne disposent pas des comptes bancaires de la société. Toutefois l’ONG affirme avoir consulté des documents bancaires qui pourraient révéler des versements suspects. A titre d’exemple, plus de 95 millions dollars auraient été versés par la Gécamines sur des comptes de banques privées tels que la BGFI dirigée par Francis Selemani Mtwale, un proche du président Kabila.

Dans leurs rapports, les ONG révèlent que de forts pourcentages des versements miniers censés parvenir à l’Etat congolais, ne sont jamais versées sur le compte du trésor public. Dans le collimateur des ONG, on peut citer Albert Yuma , proche du président Kabila et officieusement son conseiller. Il est directeur de la compagnie mais aussi dirigeant de FEC (fédération entreprises congolaises) et est accusé de versement d’argent et de financement douteux à travers des sociétés offshore et circuits financiers inextricables et complexes. Il est aussi soupçonné d’organiser des fuites de recettes de Gécamines dans des banques privées au lieu d’investir ces fonds dans la société

A la suite de ces différentes alertes, le porte-parole du gouvernement congolais a demandé l’envoi de tous les rapports réalisés par les ONG à la justice congolaise, dans la lutte du pays  contre les détournements et la corruption et ce  afin de rétablir la situation économique en RDC.

 

Les réponses de Gécamines

Gécamines a réagi à ces attaques de trois manières complémentaires : la réfutation, la dénonciation, l’influence :

  • La réfutation : Les responsables de la Gécamines, ont réfuter les arguments qualifiés de non fondés sur leur gestion interne. Aux accusations proférées sur le fait que cette société ne serait pas transparente sur ses activités et serait la cause du déséquilibre de la répartition des richesses en RDC, Gécamines amis en avant le fait qu’elle coopère avec l’initiative transparence industrie extractive (ITIE) dressant annuellement des rapports exhaustifs des flux financiers entres entreprises. Second exemple : selon les ONG, seulement 75 millions de dollars auraient été versées à l’Etat entre 2009 et 2014. Gécamines répond qu’elle a procédé à un versement de 372 millions de dollars à l’Etat congolais durant cette période. Et selon ses dires, la dette a été réduite de 10% entre 2010 et 2014.
  • La dénonciation : Gécamines a menacé d’attaquer en justice ceux qui dénoncent des détournements de fonds et pour diffamation. Elle dénonce la non-véracité des rapports émis par les ONG, et s’oppose à ce genre de propos à travers les colloques mais aussi par des réponses directes sur les réseaux sociaux ( twitter ). Ses responsables se réfugient derrière le fait qu’il existe un climat de non-dénonciation de la corruption en interne et soulignent le déficit d’infrastructures dus à la faiblesse de l’administration et à la complexité de la gestion du pays.
  • L’influence : À travers les conférences de presse, les colloques et les personnalités influentes (chef d’Etat, ministres et hauts responsables, mais aussi un cercle de lobby ancré dans la tradition du pays. Lors de la conférence de presse qui s’est tenue à Kinshasa, Albert Yuma a accusé ces ONG de présenter les « noirs comme congénitalement corrompus ». Il considère ces ONG comme des ennemis de la nation dont le seul objectif est la déstabilisation de la RDC pour servir, au nom de la démocratie, une demande étrangère de ressources minières stratégique dont le monde a besoin afin d’assurer leur transition énergétique.

Un troisième acteur est apparu dans cette guerre informationnelle : la coalition pour la gouvernance des entreprises publiques du secteur extractif (COGEP) qui a publié un rapport intitulé : « Gécamines : Des questions qui demeurent ».  La Cogep salue le bienfondé de la réaction de Gécamines et appuie positivement la divulgation des opérations détaillées en réponse aux critiques formulées par les ONG. Mais la COGEP accuse aussi dans le même temps Gécamines de manque de transparence sur les revenus des dirigeants, et sur le non-respect des droits des travailleurs.

 

Soukaina Mael Ainine