La guerre informationnelle sur le marché du riz en Côte d’Ivoire

La guerre informationnelle sur le marché du riz en Côte d’Ivoire

 

 

Le port autonome d’Abidjan s’est vu recevoir le navire Ocean Princess qui avait en son sein une cargaison de 18.000 Tonnes de riz en provenance de la Birmanie, le 11 Mars 2019.Il faudrait aussi savoir que le navire est arrivé sur les côtes africaines au début du mois de janvier 2019, en Guinée plus précisément. Sa cargaison contenait 22 000 tonnes de riz birman en provenance de la ville de Yangon et propriété du groupe Olam¹. Une partie de la marchandise a été livré à des acheteurs guinéens et le navire Ocean Princess a ensuite pris le chemin du Togo. Mais le 6 Janvier 2019, le jour de l’arrivée du navire aux côtes des eaux togolaises, grande fut leur surprise face à l’accueil des autorités qui ont empêché le navire de débarquer, parce que celui-ci ne répondrait pas aux normes phytosanitaires du pays. Le navire a donc repris son chemin le 21 janvier et est resté un long moment en mer avant de  de débarquer à Abidjan le 11 mars.  A la suite de la procédure de débarquement qui est un fait courant et normal dans un port, les autorités ont reçu une information capitale portant sur la qualité du riz qui serait avarié.

 

La source sociétale de la crise informationnelle

Dans une interview accordée au média Sputnik² France, M. Alain Tahi, président de la Fédération des associations des consommateurs actifs de Côte d’Ivoire (FACACI),  affirme être  une des premières organisations à avoir révélé cette affaire. Cette dénonciation s’est faite  par voie de presse pour pousser le gouvernement à prendre les bonnes décisions. L’objectif principal a été d’alerté l’opinion nationale et internationale face à un danger imminent visant la population. Les réseaux sociaux se sont tout de suite saisis de cette affaire (Facebook, Tweeter), qui ont fait la propagande de cette information semant le trouble dans l’esprit des ivoiriens. Les vidéos, les publications et autres messages ont beaucoup joué contre le Groupe OLAM et les autorités ivoiriennes. Ce qui ne pouvait échapper au gouvernement à prendre des décisions idoines dans le but de se décrédibiliser dans cette affaire, en mettant le stock de 18000 tonnes de riz sous douane afin de faire des analyses. Le résultat des dits analyses ont confirmé les rumeurs qui se trouvaient sur les réseaux sociaux. Il faut donc prendre des mesures qui sont à la fois sociale pour la protection de la population et aussi économiques pour le suivi des normes commerciales dans le domaine du riz sur le territoire ivoirien.

 

La réaction des autorités ivoiriennes

Le 16 avril 2019, fut la date témoin du début de la destruction des milliers de tonnes de riz avariés Birman. Piloté par M. Souleymane DIARRASSOUBA, Ministre du commerce et de l’industrie et de la promotion des PME, et de Madame Anne-Désiré OULOTO, Ministre de l’assainissement et de la salubrité, la destruction s’est faite au CVET³ de Kossihouen pour une protection de l’environnement. Et le processus se suivra jusqu’à l’élimination totale des 18.000 tonnes de riz. Aux dernières informations données par le site AIP (Agence Ivoirienne de Presse), il n’y avait que 3675 tonnes détruites à la date du 02 Mai 2019. Ce qui représente que 20% de la quantité totale. Et, malgré les assurances données sur cette opération, la rumeur court toujours, faisant étant du déversement de ce produit sur les marchés de certaines villes de l’intérieur de la Côte d’Ivoire. À la vérité, cette rumeur provient du fait que l’opération de destruction n’est pas totalement achevée. Selon certaines associations de consommateurs, les 18 000 tonnes de riz annoncées ne sont pas en réalité la quantité totale débarquée au port d’Abidjan. Ces associations annoncent qu’il s’agit en fait de quantités beaucoup plus importantes. Les autorités ivoiriennes n’ont pas mis fin à la rumeur et rassuré ainsi la population.

Le samedi 28 avril 2019, le ministre ivoirien du Commerce, de l’industrie et de la promotion des PME, Souleymane Diarrassouba, a décidé d’interdire au géant de l’agroalimentaire Olam International, d’exporter du riz en Côte d’Ivoire pour une durée de 12 mois. Par la même occasion, le ministre sanctionne l’entreprise acheteuse du riz avarié, Alimentation Toumodi SARL, en lui interdisant d’importer du riz en Côte d’ivoire pour une durée également de 12 mois.

La sanction appliquée par l’Etat ivoirien affaiblit la position de ce grand groupe qui occupe une forte part de marché dans le secteur du riz en Côte d’Ivoire. Ce dernier a pour concurrent direct le Groupe SDTM¹ et CIC². Cette crise informationnelle avantage aussi les concurrents du groupe OLAM. Ces 12 mois de sanctions sont du temps gagné pour tenter  de reprendre des parts de marché au Groupe OLAM. Ce scandale est aussi une mise en garde aux concurrents d’OLAM afin qu’ils ne fassent pas les mêmes erreurs pour mettre la santé de la population en danger et en subir les mêmes conséquences.

Mais en plus de cette sanction, la FACACI a saisi le procureur de la République pour que les responsabilités soient éclaircies dans affaire. Une chose est de porter un préjudice, une autre est que les consommateurs soient dédommagés en conséquence, car l’intention manifeste de ces deux entreprises était de nuire aux Ivoiriens. Sachant pertinemment que ce riz n’était pas de bonne qualité, elles ont œuvré à le faire entrer sur le territoire national. La FACACI, a constitué la partie civile à ce procès. Au regard des premières décisions,  la société civile semble avoir pris le dessus dans cette affaire en sortant victorieuse .

Dao Moulay

 

 

  1. SPUTNIK : agence de presse  internationale lancée officiellement par le gouvernement russe le 10 novembre 2014, au sein de Rossiya Segodnya. Sputnik remplace l’agence d’informations RIA Novosti.
  2. CVET: Centre de valorisation et d’enfouissement technique
  3. Olam International : entreprise singapourienne de négoceet de courtagede denrées alimentaires. Son siège est situé à Singapour, le groupe est contrôlé par le fonds souverain singapourien Temasek Holdings. Ses activités s’étendent sur les cinq continents, et particulièrement en Afrique. Il est notamment très présent dans le cacao, le café, le coton et l’huile de palme.
  4.  SDTM: Société de Distribution de Toutes Marchandises.
  5. CIC : Compagnie d’Investissements Céréaliers.