L’affrontement entre la Russie et les États-Unis sur le terrain des Entreprises de Sécurité Militaire Privée (ESMP)

L’affrontement entre la Russie et les États-Unis sur le terrain des Entreprises de Sécurité Militaire Privée (ESMP)

 

 

Depuis l’année 2013, la Russie a imposé une nouvelle façon de mener des actions sur des espaces hostiles où les États-Unis mobilisent leur puissance militaire avec le soutien de l’OTAN. Parce que les règles du jeu ont évolué dans le domaine de la sécurité avec l’accroissement du terrorisme internationale, l’affirmation de la souveraineté des États ne se limite plus à la simple mobilisation des forces armées régulières.

Le retrait du pacte de Varsovie au lendemain de la chute du mur de Berlin en dépit du maintien de l’OTAN n’a-t-il pas suscité un sentiment de trahison de la part des Russes ? L’affrontement entre la puissance russe post-soviétique face aux américains a-t-elle réellement pris fin ?

Afin de porter un regard nouveau sur ces affrontements, nous souhaitons nous pencher sur l’intérêt pour les russes de mobiliser de nouvelles forces appelées, les entreprises de sécurité privée militaires (ESMP) au sein des conflits internationaux. Enfin nous ferons une analyse sur les méthodes employées par la Russie en insistant sur leur niveau de pertinence face aux autres types d’ESMP.

 

La mobilisation des Entreprises de Sécurité Privée Militaires (ESMP) : un atout pour la protection des ressources et des intérêts géopolitiques Russes

 Les Entreprises Militaires de Sécurité Privée apparaissent au lendemain de la seconde guerre mondiale, elles connaitront un important essor vers la fin de la guerre froide. Il s’agit d’une nouvelle configuration de l’action militaire qui emprunte une logique commerciale quelque-part au même titre que le mercenariat. La principale différence entre le mercenariat et avec les EMSP se situe au niveau de la nature organisationnelle qui leur permet d’agir pour les intérêts de leur client : État ou acteurs privés selon les termes du droit international. En 2008, un texte dit “Document de Montreux“ reprend les exigences humanitaires du droit international pour formaliser un guide de bonnes pratiques des opérations des entreprises militaires de sécurité privées en période des conflits armés. Ce contrat réuni essentiellement l’OTAN avec d’autres puissances militaires à l’exception de la Russie.

En effet, l’article 359 du code pénal russe prévoit une peine d’emprisonnement maximale de sept ans lorsqu’une activité militaire est faite dans un pays étranger et en dehors du périmètre de l’armée régulière de l’État. À cela s’ajoute l’interdiction du mercenariat en Russie qui s’oppose à tout recrutement, toute formation ou tout financement d’une activité militaire pouvant entrainer une peine maximale de quinze ans d’emprisonnement. Cet argument juridique permet à l’État Russe de se désolidariser des limites normatives que s’imposent certains États dans le cadre d’intervention sur des guerres dites “asymétriques“. Du fait de l’obligation juridique qui réduit le champ d’action de son intervention sur ces scènes, la partie Russe mobilise les EMSP dans une approche dissimulée qui s’avère être bien plus efficace que celle des autres puissances militaires.

Leurs actions se situent à partir d’une forme de complémentarité non affichée avec l’armée régulière tout en gardant l’indépendance des EMSP russes. Elles peuvent se positionner au-devant des confrontations à l’image des conflits à l’est de l’Ukraine, de la Crimée, de la Centrafrique et de la Syrie. Il ne s’agit pas de lui attribuer un rôle spécifique dans les opérations militaires mais de définir une stratégie offensive qui s’adapte aux situations de conflit. Et enfin, elles se différencient des autres modèles d’intervention par leur nature dissimulée qui s’oppose aux versions officielles du gouvernement, niant la présence de toute organisation militaire privée sur ces conflits. Alors que les autres États mobilisent les EMSP uniquement pour préparer l’offensif de leur armée régulière, les EMSP russes sont déployées sur des scènes internationales dans des affrontements militaires pour protéger les intérêts géopolitiques du pays. On observe des divergences de méthodes qui déplacent le conflit en dehors des affrontements caractérisant les “Guerres Nouvelles Générations“ (GNG)

 

L’émergence de la “Guerre Nouvelle Génération“ constitue un affrontement dissimulé derrière une divergence de méthode entre l’OTAN et la Russie

Cette Guerre Nouvelle Génération sera officiellement annoncée en 2013 comme une alternative aux affrontements dits asymétriques qui souvent arrivent à mettre en difficulté une armée régulière. L’approche occidentale consiste à garder un regard purement commercial qui permet d’établir une relation marchande entre un agent public qui lance une commande à un acteur privée qui se doit de répondre aux exigences normatives du droit commercial international. D’un autre côté les ESMP russes sont tout bonnement des démembrements dissimulés de l’armée régulière sous le contrôle du GRU (Direction générale des renseignements de l’État-major des forces armées russes) qui assure une partie de la politique étrangère de la Russie. Cette dissimulation se fait dans la relation étroite qui existent entre l’État Russe et ces organisations qui, de plus en plus, recrutent des anciens militaires pour compléter leur rang. L’apparition de cette nouvelle tendance exige de nouveaux moyens dits “non militaires“ qui prennent une place importante du fait de leur niveau d’efficacité par rapport à une force nationale des armées.

Malgré le rapport étroit entre l’État et les ESMP, la stratégie de la Russie repose d’abord sur une nouvelle doctrine de son développement à l’international. Elle permet de résoudre des litiges sur des terrains militaires ne mettant pas en première ligne les forces régulières et tout en préservant l’image de la Russie à l’échelle internationale. Le deuxième avantage serait le fait qu’en cas de pertes humaines aucun décompte n’est officiellement rendu public et au nom de la nation. Et enfin, certains acteurs privés russes proches du gouvernement participent activement à la rémunération des ESMP. C’est dans ce cadre que des armes sont expérimentées à balles réelles afin de préparer l’entrée de l’armée régulière sur des opérations offensives régulières. En effet, comprenons ces affrontements comme des laboratoires pour évaluer la pertinence et l’efficacité des armes de nouvelles générations – les armes du future.

Pendant que certains analystes parlent de la troisième guerre mondiale qui émergent à travers l’existence des conflits asymétriques sur des zones attractives en matière d’influence, la Russie s’oppose à l’expansion américaine par le biais d’une contre-attaque, basée sur sa doctrine de développement international. En effet, la méthode offensive américaine qui pénètre sur des sujets et dans des espaces où la Russie est impliquée, oblige cette dernière à mobiliser ses nouvelles forces. Comprenons que derrière les conflits qui impliquent l’intervention des forces armées régulières et les ESMP, il existe une confrontation entre les États réunis autour de l’OTAN dont Les USA qui, face à la Russie, nous permettent d’appréhender une divergence rappelant curieusement les conséquences de la chute du mur de Berlin qui a permis la suppression du Pacte de Varsovie en dépit du maintien de l’OTAN.

En définitive, la stratégie Russe consiste d’abord à défendre ses intérêts en matière de surveillance, de contrôle et de gestion des matières premières stratégiques par la mobilisation de ses nouvelles forces. Celles qui ne sont pas reconnues comme appartenant à l’État car ne bénéficie d’aucun lien contractuel ou administratif. Néanmoins, elles peuvent agir dans des espaces conflictuels avec plus de marges de manœuvre par rapport aux autres ESMP. L’absence de règles permet d’élargir les limites en matière d’intervention et d’ améliorer l’efficacité pour ce qui est des résultats attendus dans le cadre de sa stratégie défensive face à l’expansion américaine.

Face à la problématique sécuritaire qui crée des dépendances militaires, la Russie adapte ses forces en fonction des situations réelles et de ses intérêts en dehors des traités, supposés défendre des valeurs humaines à travers le droit international. La fin de la seconde guerre mondiale a conduit à la création d’autres affrontements dont la guerre froide et de nos jours ce que l’on nomme la Guerre Nouvelle Génération. Le contrôle des intérêts des nations ne peut se faire que par des forces qui se réinventent, d’abord sur le plan technique avec l’apparition de l’intelligence artificielle permettant de rendre les nouvelles armes plus performantes, ensuite sur le plan organisationnel avec l’entrée des guerres asymétriques qui obligent la définition de nouvelles stratégies.

 

Metin Talishli

Sources:

 

https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01111109/document

Ilyasse Rassouli, Les sociétés militaires privées : acteurs controversés de la sécurité internationale, Science politique. 2014.

https://www.icrc.org/fr/doc/assets/files/other/icrc_001_0996.pdf

https://www.fontanka.ru/2016/03/28/171/

https://www.rbc.ru/magazine/2016/09/57bac4309a79476d978e850d

http://www.journal.forces.gc.ca/Vol19/No2/page4-fra.asp

http://rucompromat.com/articles/evgeniy_prigozhin_mne_ne_izvestno_v_kakih_stranah_kakie_zadachi_i_ot_kogo_poluchaet_chvk

https://militaryarms.ru/armii-mira/chastnie-voennie-kompanii/

https://warriors.fandom.com/ru/wiki/Группа_Вагнера

 


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