La polémique sur les labels forestiers

La polémique sur les labels forestiers

 

Nature, Des Forêts, Arbres, Lumière, Soleil, Brouillard

 

Des ramettes de papier aux constructions d’habitations, en passant par l’essuie-tout et nos meubles de salon, le bois est omniprésent dans notre quotidien. Son utilisation sur tous ces marchés fait de lui un matériau stratégique. Il devient rapidement très convoité par les industriels du secteur qui le qualifie « d’or brun », au même titre que le pétrole est qualifié « d’or noir ». Outre le fait qu’il soit utilisé pour le confort de l’être humain, il est aussi indispensable au maintien de la vie sur terre. En 2016, les échanges commerciaux de bois à destination de la construction ou de réalisation d’éléments de mobilier (contreplaqué, bois de sciage et panneaux de bois) représentaient plus de 51 milliards d’euros. Selon le rapport « Living Forest Model » publié en 2012 par l’ONG WWF, si l’exploitation du bois n’est pas mieux contrôlée, en 2050, la récolte de cette denrée dans le monde pourrait atteindre les 13 milliards de mètres cube. Heureusement, des petits génies on pensé à créer des « Labels » pour certifier les forêts responsables et réguler la consommation !

Le premier en nom est le FSC (Forest Stewardship Concil) et le second est le PEFC (Programme de Reconnaissance des Certifications Forestières). On retrouve très régulièrement l’un des deux logos de ces labels de certifications sur tout type de produits et d’emballages comme celui du papier hygiénique, mais aussi les cahiers et bien d’autres articles. Ces deux établissements déploient massivement une communication très forte autour de leurs valeurs à l’apparence inébranlable et qui sont : le respect pour l’environnement, le respect des droits du travail et le respect des peuples autochtones. Néanmoins, ils sont très fréquemment accusé de laxisme par des ONG telle que Greenpeace – qui en l’occurrence a été membre fondateur du label FSC – ou encore WWF quant aux garanties qu’ils fournissent, alors qu’ils sont étroitement liés. En 2018 le FSC certifiait près de 200 millions d’hectares dans plus de 83 pays et le PEFC 310 millions d’hectares dans 37 pays.

 

Les parties prenantes de la labélisation

Dès leur début, le FSC a fait l’objet de scandales suite à une plainte déposée à leur encontre. En effet, il s’avère qu’ils certifiaient des entreprises braconnières qui rasaient des forêts illégalement et créaient des conflits auprès des communautés locales. La plainte a mis quatre an à être traitée et a lamentablement abouti à ce que le label s’engage à faire plus de vérifications sur les agissements de ses clients. En 2008, Nina Haase alors responsable de la communication du FSC, fait des révélations sur ce dernier. « Une des plus graves erreurs commises par le FSC a été sa politique de labellisation des “sources mixtes”. Le FSC autorise ainsi la certification de produits utilisant jusqu’à 90% de fibres ne provenant pas effectivement de forêts ou de plantations certifiées FSC, mais de sources soi-disant “contrôlées”. La vérité est que ces sources ne sont pas du tout “contrôlées” et que, par là même, le FSC prend le risque de voir beaucoup des produits portant son label provenir d’exploitations forestières illégales ».

De son coté, le PEFC n’a rien n’a envier à son homologue puisqu’il se retrouve également très vite impliqué dans de sombres affaires de certification d’entreprises qui ravagent les forêts sans scrupules. En effet, le label est régulièrement accusé de distribuer les certifications sur simple demande, moyennant un chèque d’adhésion. En 2017, une enquête à été menée pour comprendre le système de certification du PEFC. La redoutable enquêtrice, Elise Lucet de l’émission qui dénonce les dérives des plus grandes entreprises « Cash Investigation », arrive sans aucune difficulté à faire labelliser des lieux invraisemblables comme le Mont-Ventoux, un super-marché avec parking, une boîte de nuit Corse, et même la centrale nucléaire de Cattenom. Lors d’une confrontation entre Elise Lucet et Ben Gunneberg, le secrétaire général de PEFC International a assuré que lorsque l’on achète un produit portant le logo du label, nous contribuons à la gestion durable de la forêt.

 

La polémique sur les labels forestiers 

Des ONG dénoncent des pratiques plus ou moins douteuses suite à plusieurs cas d’attribution de label pour tout et n’importe quoi les yeux fermés. Ces dernières s’interrogent sur une incompréhension face aux labels qui maintiennent leur certification à des entreprises, malgré des plaintes de la population – qui le plus souvent se trouve dans l’ombre – affectée par certains exploitants aux agissements peu recommandables. De son côté coté, le PEFC et le FSC montrent une image exemplaire au public avec les valeurs irréprochables et revendiquent un suivi à 100% du bois jusqu’au produit fini. Les consommateurs sont assez désorientés et ne savent plus qui écouter, ni quoi acheter de manière responsable. Selon une étude citée dans l’enquête d’Elise Lucet de 2017, il y aurait 43,2% des Français qui affirmeraient faire confiance au label PEFC.

Il est compliqué de faire confiance aux labels forestiers à cause des failles qu’ils présentent dans leurs systèmes de certification. L’ analyse les chiffres souligne l’importance du nombre d’inspecteurs nécessaires pour contrôler les 510 millions d’hectares de forêts  certifiées par les deux entités. Néanmoins, la démarche peut avoir une influence positive sur l’exploitation du bois, car certains producteurs respectent la gestion durable des forêts et méritent largement leur petit logo vert sur les produits qu’ils commercialisent. En 2018, Greenpeace se retire de ses engagements auprès du FSC, car l’ONG ne fait plus confiance aux garanties qu’offre le label. Notons que ce sont souvent les petits exploitants qui pâtissent le plus de ces situations, car la crédibilité des labels baisse, jusqu’à ne plus vouloir dire grand chose selon les événements.

 

 

Kévin Sclameud