L’affrontement informationnel entre le Crédit Suisse et l’Union des Banques Suisses

L’affrontement informationnel entre le Crédit Suisse et l’Union des Banques Suisses

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Les résultats plus que satisfaisant de Crédit Suisse, après l’arrivée de Tidjiane Thiam, ont inquiété l’Union des Banques Suisse (UBS), car ces derniers pourraient déclasser UBS dans sa position de leader à moyen terme. Afin de préserver son leadership, UBS débauche IQKBAL Kahn, Directeur de la  gestion de fortune Internationale à Crédit Suisse, comme co-président de la gestion de fortune. Cette manœuvre, dont l’objectif est d’affaiblir Crédit Suisse, a poussé certains des dirigeants de cette banque à prendre la décision de faire surveiller leur ancien Directeur de la gestion de fortunes internationales, pour l’empêcher de partir avec d’autres talents et/ou gros clients à la concurrence. Mais cette opération d’espionnage n’a pas produit les résultats escomptés, car elle a été découverte par la cible. Celle-ci a porté plainte auprès des instances juridiques helvétiques. Il s’en est suivi une vaste polémique se rapportant au monde de la finance suisse. Cette opération de surveillance ratée a fini par créer d’énormes contrecoups au dauphin d’UBS, Crédit Suisse.  Le Conseil d’administration a été obligé de serrer les rangs autour de Tidjiane Thiam pour que Crédit Suisse sorte de cette mauvaise posture.

 

Les deux géants du Système bancaire Suisse en Guerre Economique.

Union des banques Suisse est considérée comme la plus grande banque de gestion de fortune dans le monde. Elle a été créée en 1912 suite à la fusion entre Schweizerishe Bankgesellshaft et la Toggenburger Bank. Depuis 2011, elle est dirigé par M. Sergio Ermotti, un financier d’expérience qui a respectivement occupé la haute fonction de Vice Président à Merril lynch, une banque d’investissement américaine, et le poste de Directeur Général adjoint en charge des marchés financiers & banque d’Investissement à Uni-crédit, avant d’intégrer UBS en 2011. Les sièges de cette société des services financiers se trouvent à Zurich et à Bâle ; ses activités se concentrent dans la banque privée, la banque d’Investissement et la gestion de fortune. En 2017, UBS présente un chiffre d’affaire de 29000 milliards de CHF et une capitalisation boursière de près de 69 125 milliards de CHF; elle est présente dans plus de 50 pays et embauche près de 60 000 personnes ; elle est talonnée de près en terme de performance par Crédit Suisse dont les résultats sont de plus en plus encourageants.

Crédit Suisse est une Société des services financiers qui a été créée à Zurich en 1865 par les industriels et les politiciens ; elle est le résultat de plusieurs acquisitions, depuis sa création, dont la dernière remonte aux années 2000 avec la reprise de la banque d’investissement américaine Donaldson, lufkin&Jenrette. Elle est implantée dans plus de 50 pays et emploie près de 46000 personnes à travers le monde.  En 2015, plusieurs réformes ont été initiées par M. Tidjiane Thiam, PDG de Crédit Suisse, nouvellement nommé à ce poste, car il a hérité d’une banque empêtrée dans d’énormes difficultés avec les Etats-Unis, à cause du problème d’évasion fiscale, ainsi que les coûts trop élevés liés au fonctionnement de la banque, avec des revenus sous-pressions, des niveaux de risques élevés et une base de capital insuffisante, sans compter l’âpreté de la concurrence contre les autres banques, notamment UBS.

Pour stabiliser et relancer la compétitivité de ce fleuron de la finance helvétique, M. Thiam a mis en place des mesures drastiques pour une période de trois ans. Ainsi, les réformes ont consisté à Baisser les coûts, réduire la taille de la banque d’affaire, hausser les fonds propres, orienter les activités vers l’Asie et augmenter l’intensité de la gestion des fortunes. Cette dernière est une activité dans laquelle la banque UBS, son principal concurrent,  excelle.

Durant la période 2015-2018, les mesures prises par M. Thiam ont permis à la banque de se relever petit à petit en réduisant les déficits  et en permettant en 2018, précisément lors du premier semestre, de réaliser un bénéfice net de 2 milliards de francs suisses. Ce redressement s’est fait avec une contribution de plus de 90%  de la Direction en charge de la gestion des fortunes dirigé par le juriste financier Iqbal Kahn. Au début de l’année début 2019, la banque Crédit Suisse était prête à atteindre sa vitesse de croisière. Les bonnes performances de Crédit Suisse à travers la stratégie mise en place par la Direction Générale, ne pouvait que continuer à réduire les parts de marchés d’UBS et menacer son influence, par conséquent son leadership dans le secteur. Une réaction appropriée a été conçue par celle-ci.

 

L’offensive d’Union des banques Suisses

La stratégie d’UBS pour conserver son leadership et contrecarrer les plans de croissance de crédit Suisse s’est basée sur l’approche et le débauchage d’Iqbal Kahn, qui sera nommé au poste de Co-Président de la gestion des fortunes à UBS, en juillet 2019. En effet, UBS a proposé cette offre à l’ancien Directeur de la gestion de fortune internationale à la suite des conflits personnels et à la forte rivalité professionnelle entre lui et Tidjiane Thiam. En fait, IQBAL Kahn semblerait avoir été déçu de sa non nomination au Comité Executif de Crédit Suisse par sa hiérarchie, malgré son excellent travail à la gestion des fortunes ; la proposition d’Union des Banques Suisse s’est présentée au moment opportun, d’après lui, pour réaliser sa promotion. Il a pris fonction en septembre 2019 en ne respectant pas la loi qui demande 6 mois d’attente avant de passer chez le concurrent en cas de débauchage ; manœuvre qui permettra d’anticiper la stratégie de Crédit Suisse de l’exercice prochain.

En guise de réaction et prenant le prétexte de la protection des intérêts du groupe financiers, certains dirigeants de Crédit Suisse ont décidé de faire surveiller l’ancien directeur, afin de l’empêcher de débaucher d’autres talents et/ou de partir avec de gros clients chez le concurrent. Ils ont confié la mission au Cabinet de détective privé Investigo, dont le manque de professionnalisme à fait échouer l’opération, car elle a été découverte par le désormais Coprésident de la gestion des fortunes internationales d’UBS, qui a porté plainte par la suite devant les instances judiciaires Helvétiques pour contraintes et menaces.

Cette affaire a été mise devant l’opinion publique par le portail financier, Inside paradeplatz, le 20 septembre 2019 et confirmé par l’agence Bloomberg. D’autres médias vont beaucoup donner plus de détails et alimenter la polémique, notamment le Sonntagsblick. Cette dernière en plus de relater l’affaire, va jusqu’à pointer du doigt le responsable de la Sécurité de Crédit Suisse. L’influence négative de la publication de cette opération de surveillance ratée par le dauphin d’UBS, va contribuer à faire baisser sa valeur boursière en début octobre 2019. En fait, cette pratique qui relève de la concurrence déloyale et relayée par plusieurs médias, a renvoyé une image négative de la  dauphine de la banque au trois clés, auprès des investisseurs, entraînant  un recul de l’action de Crédit Suisse à la clôture de 2,86% à 11 francs CHF le 1er octobre 2019.

 

La médiatisation de l’affaire

La réaction de Crédit Suisse a été d’effectuer un communiqué en interne pour rassurer les employés, et de promettre d’effectuer une enquête interne pour mettre au clair cette affaire par le biais d’un communiqué signé par le Président Conseil d’Aministration et le Directeur Général. Le Cabinet d’Avocat Homburger a été désigné pour mener les investigations et par la suite a remis des résultats désignant le directeur des opérations de Tidjiane Thiam comme étant responsable du dispositif de surveillance visant IQBAL Kahn. Dix jours après les révélations sur la filature, pour effectuer une contre-influence et sauvegarder les intérêts de la banque, celle-ci est sortie de son silence et a annoncé la démission des responsables de la surveillance ratée d’Iqbal Kahn.  Il s’agit de Pierre Olivier Bouée, Directeur des Opérations, et Remo Boccali, Chef de la Sécurité chez Crédit Suisse.

En même temps, une conférence de presse a été programmée pour commenter les résultats des investigations du Cabinet Homburger, en présence du Président du Conseil d’administration de Crédit Suisse, du Directeur du Comité d’Audit et Flavio Romerio, responsable du Service d’enquête du Cabinet Homburger. Au cours de cette conférence, ils ont tenu à rassurer l’opinion publique sur l’innocence de Tidjiane Thiam, DG de Crédit Suisse dans cette affaire et montrer que des mesures drastiques ont été prises par la maison pour rendre justice et ramener l’ordre.

Le DG de Crédit Suisse est passé à la Radio Télévision Suisse pour donner sa version de cette affaire le 30 octobre 2019. Il a fait comprendre aux téléspectateurs, que l’espionnage dans le milieu financier est une pratique courante ; il en avait lui-même ordonné ce genre de pratique au courant de sa carrière, mais de façon discrète et professionnelle. En revanche, il n’était pas au courant et par conséquent n’a rien ordonné s’agissant du cas de la surveillance ratée d’Iqbal Kahn.

En définitive, il ressort de cette confrontation entre les deux géants de la finance suisse, qu’Union des Banques Suisse a préservé son leadership menacé depuis l’aboutissement du plan de redressement de crédit Suisse en 2018 et déstabiliser son concurrent. Ceci à travers l’exploitation de l’information des mauvais rapports entre Iqbal Khan et Tidjiane Thiam dont l’aboutissement sera le débauchage. Il s’en suivra une secousse au sein du Top management de Crédit Suisse, dont la capacité réelle à maîtriser la structure par Tidjiane Thiam a été mise en doute. L’affaire abouti à la démission du Directeur des Opérations et du Chef de la Sécurité, qui ont tous pourtant contribué au rendement apprécié de la banque pendant les années ultérieures.

 

Narcisse Aimé Esselem