Attaque informationnelle ardente pour interdire la production et la commercialisation de la fourrure

Attaque informationnelle ardente pour interdire la production et la commercialisation de la fourrure

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L’industrie de la fourrure qui remonte aux années 1000 et qui a joué un rôle de levier dans le développement des Etats Unis, le Canada et l’Europe, est aujourd’hui confrontée à une crise existentielle causée principalement par la montée en force du mouvement anti-fourrure. L’Europe est le premier producteur de la fourrure d’élevage dans le monde. Selon la Fondation Brigitte Bardot, elle fournirait 70% des visons et 63% des renards. Le Danemark est le premier pays producteur de visons d’élevage avec 32% de la production mondiale. L’Argentine, la Chine, la Russie, la Corée du Sud et l’Amérique du Nord sont aussi réputés pour les élevages destinés à la production de fourrure.

 

Un combat déjà ancien

Le combat anti-fourrure s’est déclenché depuis les années 1970, mené principalement par des associations et des activistes militants qui ne se lassent pas de créer les occasions pour dévoiler la réalité désastreuse derrière la transformation et la commercialisation des fourrures issues de l’élevage des animaux à fourrure. Dès lors, des compagnes médiatiques visant à sensibiliser l’opinion publique contre l’industrie de la fourrure ont succédé. L’information circule rapidement grâce au développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication, et les réseaux sociaux constituent une plate d’échange réactif entre les différents intervenants. La répercussion de ce mouvement féroce menace la pérennité du secteur qui se trouve face à une pression, de plus en plus ardente, de la réglementation, de l’engagement politique de certains pays développés et de la prise de conscience des marques leaders dans le domaine de la mode du luxe.

La plus célèbre manifestation visant à créer un rejet total de la fourrure et à accuser les pratiques affreuses des éleveurs des animaux à fourrure restera sûrement celle de PETA de 1994 : « We’d rather go naked than wear fur » (« Je préfèrerais être nue plutôt que porter de la fourrure »). Les différentes campagnes de sensibilisation de la PETA, souvent crues et violentes à l’encontre des designers, ont en effet profondément marqué les esprits, mais c’est dans cette dernière décennie que le mouvement anti-fourrure prend réellement son essor. Des militants se regroupent pour manifester contre la fourrure, ils se jettent sur scène pendant des défilés avec des pancartes accusant les acheteurs de fourrure d’être des meurtriers. Les canaux de lutte varient entre manifestations, boycott, pétitions, ou mails des militants et le résultat est surprenant. Cette polémique a fini par bouleverser toute la chaîne de valeur du marché de la fourrure (éleveurs/producteurs, industriels, vendeurs et consommateurs).

En effet, le commerce de la fourrure est en déclin. Bien qu’entre 2011 et 2015 les ventes mondiales ont nettement progressé, passant de 14 milliards d’euros à près de 40 milliards d’euros (grâce principalement à la demande croissante en provenance de la Chine), en 2019 la production mondiale de vison, l’un des principaux animaux élevés pour leur fourrure, a chuté d’environ 20% par rapport à 2018, et ses prix ont baissé à 24 %. Le prix de la peau de renard a également chuté de 20 %.

 

Les techniques d’attaque du mouvement anti-fourrure

Animal Defenders International, Fondation 30 Millions d’Amis, l’association Fourrure Torture … sont nombreuses les associations et les alliances d’organisations qui ont réalisé des enquêtes sur l’élevage d’animaux à fourrure qui décrivent, illustrent et dénoncent les conditions de réalisation des fourrures, les méthodes de captures et d’abattage, l’élevage en batterie et la pollution causée. Les images y associées montrent : des renards avec des membres manquants, des blessures ouvertes et infectées, de terribles entailles, des infections des yeux, des infections des gencives ; des petits mangeant la tête de leurs frères et sœurs, des comportements stéréo typiques, du cannibalisme, des animaux boitant, des cadavres dévorés par les vers dans les cages des animaux encore vivants ; la liste est longue…

Ces images expressives et choquantes constituent un facteur clé de sensibilisation et un élément d’attaque violent qui accuse agressivement les acteurs du secteur. Les statistiques diffusées sont surprenantes : L’industrie de la fourrure tue plus de 56 millions d’animaux par an. Ce nombre effroyable s’explique par  la quantité nécessaire excessive en matière première pour la confection d’un vêtement. En général, il faut tuer environ 50 visons pour fabriquer un manteau. Pour ce même accessoire, il faut abattre entre 3 et 10 loups, entre 27 et 30 ratons laveurs, ou encore entre 12 et 15 lynx…

Face à ces attaques acharnées, les industriels et éleveurs tentent de se défendre en mettant la lumière sur l’impact environnemental et social positif de la chasse et l’exploitation des animaux à fourrure, et précisent que la fourrure est le sous-produit de nombreux autres usages, comme la production de viande ou la chasse. En Allemagne, par exemple, la chasse au renard roux produit de grandes quantités de fourrures qui, en l’absence de cette industrie, seraient simplement jetées ou brûlées. D’autant plus que le commerce des produits de mode d’origine animale intègre une panoplie d’intervenants dans la chaîne d’approvisionnement, y compris les populations rurales aux traditions ancestrales qui travaillent directement avec ces animaux et qui participent à la conservation de leur écosystème. Ces acteurs seront durablement affectés par les interdictions.

Dans un éditorial, quatre experts en conservation de l’environnement s’attaquent aux entreprises qui choisissent de renoncer à la vente de fourrures pour ces raisons précises. Ils font également valoir ce point : « Apparemment, de nombreux jeunes préfèrent acheter des produits « éthiques ». Mais l’ironie, c’est que la chasse d’animaux sauvages est beaucoup plus durable sur le plan écologique (c’est-à-dire éthique) que la production d’animaux domestiques répondant à ces mêmes critères. » Mais ces arguments ne suffisent pas pour apaiser les tensions. Conservation et protection de l’environnement sont également des éléments de langage du mouvement anti-fourrure. Les études et statistiques ont démontré que l’impact de la production de fourrure peut porter atteinte à l’environnement. Un vison produit environ 88 kilos d’excréments par an. En France, cela représente 15 840 tonnes de lisier qui relâchent 264 tonnes de phosphore, mais également beaucoup d’azote. Dans l’eau, ces substances représentent de véritables dangers pour les animaux marins. Le phosphore est l’un des pires polluants des écosystèmes aquatiques, pire encore l’impact sur le réchauffement climatique occasionné par la production de fourrure est 5 fois supérieures à celui de la laine, textile réputé pour sa confection particulièrement polluante, à cause des émissions de protoxyde d’azote. Mais il faut mettre cet ordre de grandeur en comparaison avec d’autres sources de pollution du même type pour avoir une idée plus précise du sujet.

Ces débats scientifiquement argumentés qui ont intensifié la problématique afférente à l’industrie de la fourrure, ont modifié les tendances de la mode de luxe, le comportement et l’attitude des consommateurs, des designers et des gouvernements.

 

De la réglementation à l’interdiction, la guerre aux élevages de fourrure récolte ses fruits

Certaines conditions d’exploitation des animaux à fourrure ont réussi à stimuler la conscience et la compassion des consommateurs, et les gouvernements démocratiques ont répondu à leur tour aux préoccupations de leurs citoyens épris d’animaux.

En effet, des mesures politiques sont mises en place pour réglementer, cadrer et même interdire l’exploitation des animaux à fourrure. En Norvège, le gouvernement a présenté, le 10 avril 2019, un projet de loi visant à interdire d’ici février 2025 la possession d’animaux destinés à être tués « en vue d’une vente ou d’une quelconque autre utilisation de leur fourrure ». Ce texte est le fruit d’un accord politique passé en janvier 2018, lorsque le Parti libéral (gauche), qui exigeait cette mesure, notamment au nom du bien-être animal, a rejoint la coalition gouvernementale de droite. La Norvège, rejoindrait ainsi d’autres pays qui ont voté le démantèlement progressif des élevages d’animaux à fourrure, comme le Royaume-Uni (en 2000), l’Autriche (en 2004), les Pays-Bas (en 2013).

 

La défense du droit des animaux

Aux Etats Unis, après Los Angeles, New Jersey, San Francisco, New York, le gouverneur californien, Gavin Newsom a déclaré via son compte Twitter, le 12 octobre, qu’il venait de ratifier “la loi la plus puissante pour défendre le droit des animaux aux États-Unis”. Cette nouvelle loi qui entrera en vigueur en 2023, interdira la création de chaussures, de sacs à main et de vêtements en fourrure d’animaux. Pareillement, en novembre 2018, Le conseil de la mode Britannique a constaté qu’il n’y avait pas de fourrure dans les collections présentées lors de la  Fashion Week londonienne. Depuis 2017, de nombreuses maisons ont rejoint le mouvement en renonçant elles aussi à l’utilisation de la fourrure. Gucci, la marque star de Kering, a décidé de ne plus utiliser de vraie fourrure. Tout comme Armani, Ralph Lauren, Versace, Burberry, Ralph Lauren mais aussi Prada.  La maison italienne a décidé à son tour de ne plus utiliser de fourrure animale dans ses créations, à partir des collections printemps/été 2020.

Le créateur français Jean Paul Gaultier « l’enfant terrible de la mode », a annoncé en novembre 2018 dans l’émission « Bonsoir » sur Canal +, qu’il n’utiliserait désormais plus de fourrure, ni de cuir naturels dans ses prochaines collections. Les militants de l’association PETA en France ont salué cette décision longtemps attendue. Il est à préciser qu’en France, les élevages d’animaux à fourrure sont toujours autorisés mais leur nombre est en baisse. Comme l’indique Pierre-Philippe Frieh, porte-parole de la Fédération française des métiers de la fourrure : « il n’existe plus aujourd’hui que cinq élevages de visons (contre onze en 2017) et onze élevages de lapins orylag (une vingtaine en 2017), élevés pour leur fourrure et leur viande ».

Cependant, l’enjeu est d’assurer simultanément le bien-être social des sociétés qui se base, entre autres, sur la création de source de revenu permanent. Bannir l’industrie de la fourrure qui emploie des millions de personnes dans le monde risque de causer une crise sociale de grande envergure. A New York, plus que 7000 emplois sont créés par 150 entreprises œuvrant dans le secteur. En Norvège, les élevages emplois plus que 400 personnes et engendrent un chiffre d’affaire compris entre 35 millions et 52 millions d’euros.  Et en France, le marché rapporte chaque année près de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie 2 500 personnes. En l’occurrence, il s’avère judicieux, de mettre en place un plan d’urgence permettant de trouver des alternatives pour remédier aux dégâts sociaux créés par la fermeture de cette industrie.

 

Maryem Elmourabit