La polémique sur l’utilisation des traitements antipaludiques

La polémique sur l’utilisation des traitements antipaludiques

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La pandémie du covid-19 contribue à révéler le dessous des cartes de certains aspects sordides de la société française.  La question du traitement d’urgence a soulevé la problématique du recours possible à des médicaments anciens utilisés pour la lutte contre le paludisme.

Les points de repère historiques

Première endémie avec 2 milliards d’habitants exposé en permanence aux fièvres palustres, le paludisme fait chaque année 400 000 morts  dans les régions tropicales et équatoriales et 98 % sont directement liées au continent africain. En 1639 en Equateur, le jésuite Bernabé Cobo, naturaliste réalisa une description de l’herbe à jésuite, que les indiens Quechuas utilisent pour le traitement des fièvres. Ils utilisent deux variétés de plantes, le quinquina rouge (Cinchona pubescens) et le quinquina jaune (Cinchona calisaya) dont ils tirent la « Kina-Kina » (Quinine).

1672, l’anglais Robert Talbor traite le roi Louis XIV avec l’écorce de quinquina, à son décès, il demandera que l’on publie le protocole de traitement ; 1681 De la guérison des fièvres par le quinquina.

1820 le chimiste Pierre Joseph Pelletier, dirige des travaux d’extraction du principe actif de l’écorce de quinquina et publiera ses résultats et ce n’est qu’en 1880 que le médecin français Alphonse Laveran découvre le parasite responsable du paludisme, quatre ans plus tard son travail est publié sous le titre « Traité des fièvres palustres« .

 

L’utilisation des traitements antipaludique

On peut penser que seul les pays équatoriaux ou tropicaux développent des fébrifuges contre le paludisme, la France a quant à elle, eu des périodes ou le paludisme était présent, notamment dans les Landes (Les fièvres des Landes – Guy Devaux) ou recouvert de marécages au 19ème  siècle, le paludisme était traité au sulfate de quinine sur les populations. Plus globalement la répartition du paludisme en France au 15 et 17ème siècle se situe sur les côtes Atlantiques, le littoral méditerranéen et notamment au bord de la Durance ou les eaux sont les plus stagnantes et à Aigues-Mortes.

Avec 238 millions de personnes dans le monde touchées par le paludisme, les traitements comme la Malarone, la Savarine, la Paludrine, la Nivaquine font partie des médicaments les plus utilisés dans le monde, l’utilisation d’autres molécules (artésunate) sont venues enrichir le nombre de possibilité de traitement. Ces médicaments sont utilisés depuis plus de 25 ans (Savarine 1996, Paludrine 1989), 70 ans pour la Nivaquine (Octobre 1949) et ses traitements sont utilisés par des dizaines de milliers de médecins dans le monde, ils ont donc un recul suffisant sur les problématiques que sont les durées de guérison ou non et les effets indésirables.

 

Après la grippe espagnole de 1918 (50 millions de morts), la grippe de Hongkong en 1968 (hiver 69) est la dernière grande épidémie récente qui en une quinzaine de jours a fait plus de 30 000 morts en France. La rapidité est peut-être le facteur permettant d’oublier rapidement cet épisode.  Au 23 mars 2020, le Covid-19 a fait 15 308 morts à travers le monde, soit la moitié de la « grippe de 68 » en France, ne devrions-nous donc pas nous affranchir de certains protocoles qui de toute façon seraient trop long au regard de la rapidité et de la fulgurance du Covid-19, pour mutualiser les connaissances afin de trouver le meilleur ou les meilleurs traitements.

 

La guerre fratricide du corps médical français

Mars 2020, un (1) médicament fait débat sur son utilisation dans la guerre contre le coronavirus (Covid 19), la Nivaquine, utilisée pour le traitement du paludisme, mais également des les traitements du lupus, où de la polyarthrite rhumatoïde.

Né à Dakar, le Pr Didier Raoult infectiologue à Marseille au sein de plusieurs établissements notamment, l’Institut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses, propose dès l’apparition du Covid-19, l’utilisation de d’hydroxychloroquine, un dérivé de la chloroquine, associé à un antibiotique. Après un essai sur 24 patients, il s’avère que le traitement « Hydroxychloroquine et azythromycine comme traitement du COVID-19  » est efficace sur 75 % d’entre eux.

Mais les prises de position du professeur Raoult ont donné lieu à une véritable guerre de l’information tous azimuts.   Loic Tassé, dans le Journal de Montréal du 23 mars, qui révèle les raisons pour lesquelles le Dr Raoult n’est pas en odeur de sainteté parmi l’élite :  « Le Dr Raoult est « un des experts mondiaux en matière de maladies infectieuses et tropicales. Il est à la tête de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, dans la deuxième ville de France.» Selon, M. Tassé, le Dr Didier Raoult s’est mis à dos les « compagnies pharmaceutiques qui n’aiment pas que quelqu’un propose un traitement à partir d’un médicament qui ne coûte presque rien.»

Le mari d’Agnes Buzyn, le Professeur Yves Levy était rentré en conflit avec Didier Raoult, en refusant les labels de l’INSERM au centre de recherche mondialement réputé (IHU) dirigé par le professeur Didier Raoult. Certains suggèrent comme explication non dite l’hypothèse suivante : la chloroquine coute 10 centimes le comprimé; il est sûr que les laboratoires qui financent l’Inserm cherchent des solutions bien plus couteuses. Le 13 janvier 2020, alors que l’épidémie se répand en Chine, Agnes Buzyn classe la chloroquine (le fameux remède) dans les substances vénéneuses (disponible seulement sur ordonnance), alors que cela fait 50 ans qu’elle est en vente libre.

Sous l’effet du lobbying intensif fait par le Professeur Raoult, un test à grande échelle de la chloroquine a commencé finalement en France, sous la direction de l’Inserm qui veut « refaire les expérimentations dans d’autres centres médicaux  indépendants » : ce qui prendra six semaines de plus…

Karine Lacombe, une des opposantes du corps médical les plus médiatisées pour son attaque en règle contre le recours non encadré à l’hydroxychloroquine est accusée d’entretenir des liens avec les laboratoires fabriquant les autres médicaments sur le banc d’essai pour traiter le Covid-19. Les médias sont piégés aussi par ce débat à l’image du quotidien le Monde qui accusait le professeur Raoult de fake news avant de revenir sur cet avis et de dire le contraire.

Les manœuvres de déstabilisation ont pris un tournant inquiétant comme l’indiquent les premiers éléments d’enquête sur les menaces de mort reçues par le professeur Raoult. Selon les informations publiées par le Canard Enchaîné daté du 25 mars 2020, le portable à l’origine des appels ferait partie de ceux qui ont été mis à la disposition des médecins du CHU de Nantes. Cette polémique calamiteuse sur fond de rivalités de pouvoirs et d’intérêts économiques, est d’ores et déjà un cas d’école pour illustrer comment se révèle le jeu caché de certaines parties prenantes dans la guerre de l’information par le contenu. Elle peut être déclinée sur quatre niveaux d’analyse : les luttes de territoires dans le domaine médical, les conflits d’intérêt entre médecins et laboratoires pharmaceutiques, les affrontements politiques qui découlent de ces rivalités croisées, le champ des médias et des réseaux sociaux.

Didier Gix